Ne fais confiance à personne

Cela fait un moment maintenant que ce thriller, reçu en service presse de la part des éditions Sonatine, traînait un peu dans ma PAL urgente. Je n’avais en effet jamais lu de romans de Paul Cleave, prolifique auteur néo-zélandais, et je redoutais un peu une atmosphère trop sombre pour moi ou des personnages trop torturés que pour être attachants. J’ai finalement bien fait de laisser mes appréhensions de côté, et je me suis lancée dans cette lecture qui a été une agréable surprise pour moi! Critique.

Merci aux éditions Sonatine et à Netgalley pour l’envoi de ce roman.

L’histoire

Les auteurs de thrillers ne sont pas des personnes très fréquentables. Ils jouent du plaisir que nous avons à lire d’abominables histoires, de notre appétit pour des énigmes qui le plus souvent baignent dans le sang. Ce jeu dangereux peut parfois prendre des proportions inquiétantes et favoriser un passage à l’acte aux conséquences funestes. Eux les premiers, qui pensent connaître toutes les ficelles du crime parfait, ne sont pas à l’abri de faire de leurs fictions une réalité.

Prenez par exemple Jerry Grey, ce célèbre romancier, qui ne sait plus très bien aujourd’hui où il en est. À force d’inventer des meurtres plus ingénieux les uns que les autres, n’aurait-il pas fini par succomber à la tentation ? Dans cette institution où on le traite pour un alzheimer précoce, Jerry réalise que la trame de son existence comporte quelques inquiétants trous noirs. Est-ce dans ses moments de lucidité ou dans ses moments de démence qu’il est persuadé d’avoir commis des crimes ? Quand la police commence à soupçonner les histoires de Jerry d’être inspirées de faits réels, l’étau commence à se resserrer. Mais, comme à son habitude, la vérité se révèlera bien différente et bien plus effroyable que ce que tous ont pu imaginer !

Mon avis

Un thriller dont le personnage principal est un auteur de thrillers… Original, non? On peut légitimement penser que Paul Cleave a mis beaucoup de lui dans son héros : tous deux ont la quarantaine, vivent dans une petite ville de Nouvelle-Zélande et connaissent le succès avec leurs livres à l’intrigue machiavélique. J’ai dès le début du récit beaucoup apprécié cette mise en abîme, qui donne un goût de vérité savoureux au roman. Cela m’a un peu rappelé « D’après une histoire vraie » de Delphine de Vigan où l’auteure mettait sa propre existence en scène de façon à ce que l’on ne puisse plus démêler le vrai du faux..

Comme elle, Paul Cleave se révèle expert pour manipuler complètement le lecteur et le retourner dans tous les sens, et cela commence par une scène d’ouverture d’anthologie qui nous plonge tout de suite dans le vif du sujet! On suit ici Jerry, atteint d’Alzheimer, qui se met à avouer des crimes qu’il a inventés pour ses livres. Mais les a-t-il vraiment inventés? C’est là toute la question, et il lui faudra 400 pages pour y répondre. J’ai beaucoup aimé le côté très psychologique de cette enquête. Ici, le héros n’a aucun meurtrier à démasquer, si ce n’est lui-même! Cela donne une dimension supplémentaire à l’intrigue et surtout, cela nous pousse à douter en permanence de ce qu’on vient de lire.  Peut-on vraiment faire confiance à ce bon vieux Jerry? L’auteur le dit lui-même : « Ne fais confiance à personne »… 

Je dois avouer qu’il y a quelques longueurs et répétitions dans ce roman, on n’est pas en permanence sur le qui-vive même si on pressent très vite que des drames vont arriver.. J’ai été assez intriguée par les indices et autres pistes disséminés par l’auteur au fil de l’histoire, ce qui m’a donné envie de poursuivre ma lecture sans pour autant que le roman soit impossible à lâcher. J’avoue que j’ai retourné plusieurs hypothèses dans ma tête tout au long de ma lecture, mais que je n’aurais jamais pu imaginer ce dénouement! J’ai été assez bluffée par la révélation finale et je me suis rendue compte du talent de l’auteur qui n’avait vraiment rien laissé au hasard.. J’ai pensé qu’il avait trouvé la fin parfaite à son roman, tout à fait en adéquation avec le ton à la fois sombre et introspectif utilisé.

La narration est plutôt dynamique et alterne entre passé et présent, grâce aux extraits du Carnet de la Folie tenu par le héros pour raconter la lente évolution de son Alzheimer. On ne s’ennuie pas grâce à cette alternance de chapitres où l’on découvre deux aspects diamétralement opposés du même personnage.

L’intrigue est riche et ne se limite pas à un simple suspense. L’histoire est prétexte à des réflexions intéressantes, sur la maladie d’Alzheimer et la perte de la mémoire mais aussi sur le métier d’écrivain de romans policiers. A travers ce livre, j’ai senti une volonté de l’auteur de justifier son choix de métier peu banal. Il nous livre donc à travers les mots de Jerry de nombreuses réflexions sur sa vision de l’écriture, et cela m’a semblé, en tant qu’amatrice de thrillers, très intéressant à lire pour mieux comprendre l’envers du décor!

En résumé

« Ne fais confiance à personne ». Ce titre sonne comme un avertissement. Effectivement, dans ce roman savamment construit, la première impression est souvent trompeuse. Comment pourrait-il en être autrement puisque le narrateur lui-même ne sait plus qui il est? A partir d’une idée de base originale, Paul Cleave nous livre un suspense efficace et bien mené, plus intelligent qu’il n’y paraît, accompagné de réflexions  pertinentes sur le métier d’écrivain et le fonctionnement tordu de notre société.

Souvent prenant, toujours inattendu, ce thriller psychologique très personnel est de très bonne facture. Je le recommande à tous les amateurs de mystères et autres casse-tête. Arriverez-vous à démêler le vrai du faux? Un conseil, ne vous fiez jamais aux apparences… 

Ne fais confiance à personne, par Paul Cleave, aux éditions Sonatine, 2017, 21 euros.

 

 

2 commentaires sur “Ne fais confiance à personne

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