Parmi les miens

RENTREE LITTERAIRE 2017

Que de tentations en cette rentrée littéraire! Cette année, la liste des nouvelles parutions me semble particulièrement alléchante et ma wishlist ne cesse de s’allonger. C’est pourquoi, lors d’un passage en librairie, j’ai fini par craquer pour ce premier roman sur fond de secrets de famille dont j’avais eu de très bons échos. Cette lecture s’est avérée plaisante, mais déroutante. Critique.

L’histoire

« Il y a peu de choses que je n’acceptais pas venant de maman. La voir mourir en faisait partie. »

Quand le médecin leur annonce que leur mère est vivante mais en état de mort cérébrale, Manon laisse échapper qu’elle préfèrerait qu’elle meure. C’est trop tôt pour y penser, lui répondent sèchement Adèle et Gabriel. Délaissant mari et enfant, Manon décide de s’installer parmi les siens. Au coeur de cette fratrie grandie et éparpillée, elle découvre ce qu’il reste, dans leurs relations d’adultes, des enfants qu’ils ont été. Et tandis qu’alentour les montagnes menacent de s’effondrer, les secrets de famille refont surface. Qui était vraiment cette mère dont ils n’ont pas tous le même souvenir ?

Mon avis

Avec ce roman sombre, Charlotte Pons explore la famille dans tout ce qu’il y a de plus crû et dur. Elle nous parle d’une fratrie qui se disloque, de liens qui se brisent, de ces inconnus dont on partage le sang. Elle nous parle de proches qui sont devenus lointains, de crise personnelle, de mort, de maladie. Rien de feel good dans tout ça, on en est même loin. Comme cette phrase que sort l’héroïne en apprenant que sa mère est en état de mort cérébrale, « Autant qu’elle meure ». Dès cette première réplique, le ton est donné : le récit ne sera pas aseptisé, rien dans cette épreuve ne nous sera épargné, ni les nuits à fumer cigarette sur cigarette en se rongeant les sangs, ni les disputes dans la fratrie, ni cette attente insupportable.

Cette description n’est pas très positive, je dois en convenir. Pourtant, le roman vaut le coup d’oeil, et l’histoire n’est pas si noire que ça, loin de là, le ton n’est jamais lourd.    Dans « Parmi les miens », Charlotte Pons nous livre une vision assez sombre des liens familiaux et de la maladie, mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’amour dans cette histoire. Il y en a de l’amour dans cette famille comme dans toutes les autres, il est là, pas très loin, caché entre les rancoeurs présentes et passées, l’inquiétude et le souvenir d’une mère distante bientôt disparue.

C’est un premier roman, mais l’auteure a déjà une plume très aboutie et accessible, j’ai aimé son style à la fois mélancolique et réaliste. Sa façon d’écrire est simple, efficace et particulièrement assurée, ce qui s’explique quand j’apprends qu’elle dirige des ateliers d’écriture. Charlotte Pons se met ici dans la peau de Manon, une trentenaire un peu perdue dans sa vie, qui essaie de reprendre en cette situation de crise son rôle d’ainée « parmi les siens ». Je n’ai pas regretté de ne pas avoir le point de vue des autres protagonistes, car je me suis parfaitement attachée à cette héroïne imparfaite, qui nous fait partager sa vision des choses. J’ai beaucoup aimé suivre son cheminement intérieur, entre souvenirs d’enfance et journal intime.

Manon cherche également à comprendre qui était vraiment sa mère désormais plongée dans le coma. Une femme assez froide, qui lui a donné peu d’affection et avec qui les rapports étaient distants. Une femme qui cachait des secrets. La relation mère-fille est bien traitée dans ce livre,  tout comme dans le dernier Nothomb. Mais contrairement à Frappe-toi le coeur,  « Parmi les miens » contient une pointe de suspense, un mystère central : pourquoi la mère était-elle présente sur cette route de montagnes, le jour de l’accident? Cette question m’a beaucoup intrigué et nourrit le récit, en donnant plus d’humanité à ce personnage aussi important qu’inaccessible dans le drame familial qui est en train de se jouer.

L’auteure aborde également le thème de l’euthanasie, et pose des questions directes et franches : ne vaut-il pas mieux mourir plutôt que de vivre en légume? Elle questionne l’incompétence des hôpitaux, les lacunes de la loi et elle interpelle le lecteur. Derrière le roman, derrière la tragédie, il y a une question de société, un sujet sensible et tabou mais dont il faut pourtant parler et j’ai beaucoup aimé la façon dont Charlotte Pons l’a traité, tout en finesse.

En résumé

« Parmi les miens » est un bon roman, mais un roman sombre et crû. C’est une histoire de famille, mais celle d’une famille à laquelle je n’aurais vraiment pas envie d’appartenir. C’est une histoire de non-dits, de secrets trop longtemps cachés, de relations trop compliquées et de barrières qui explosent à la suite de l’accident qui laisse la mère presque morte, mais encore trop vivante pour la loi. J’ai apprécié cette lecture, qui change de mes habitudes et m’a un peu sortie de ma zone de confort. Je me suis beaucoup attachée à Manon, la narratrice, une femme un peu perdue et un peu trop franche mais pleine d’amour (vache) pour sa famille. D’une plume assurée et directe, l’auteure aborde avec justesse un sujet compliqué : celui du droit à l’euthanasie et de ses limites. 

Mon seul problème est que je suis ressortie de cette lecture déprimée et un peu lessivée. Ce roman agit comme l’inverse d’un feel good book, et son dénouement ne fait pas exception à la règle… C’est un récit vrai, c’est sincère, c’est honnête, c’est triste, c’est compliqué, c’est difficile, c’est direct, c’est la vie. Et la mort. C’est une lecture en demi-teinte qui m’a beaucoup déroutée. 

Parmi les miens, par Charlotte Pons, aux éditions Flammarion, 2017, 18 euros. 

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