La Maladroite

Cela fait maintenant un bon moment que j’ai fini ce livre, pour lequel j’ai eu un gros coup de coeur, mais pourtant, je n’arrivais pas à trouver les bons mots pour  retranscrire tout ce que j’ai ressenti devant cette lecture forte en émotions qui ne laissera personne indifférent. Ce très court roman, acheté un peu par hasard, et commencé aussitôt a réussi à me bouleverser et à me retourner complètement. Critique d’une oeuvre magistrale…

L’histoire

Diana, huit ans, a disparu. Ceux qui l’ont approchée dans sa courte vie viennent prendre la parole et dire ce qui s’est noué sous leurs yeux : grand-mère, tante, demi-frère, instituteurs, directrices d’école, médecins, assistantes sociales, gendarmes, procureur… – tous impuissants à empêcher la répétition du pire. Ce choeur de voix, écrit dans une langue dégagée de tout effet de style, est d’une authenticité rare. Un premier roman d’une lecture bouleversante, interrogeant les responsabilités de chacun dans les tragédies de la maltraitance.

Mon avis

Dès les premières lignes,  le ton est donné et nous sommes immergés presque immédiatement dans l’histoire grâce à la plume simple et percutante de l’auteur. Diana a disparu et ne reviendra pas. Cette petite fille de 8 ans a succombé sous les coups de ses parents, qui l’ont violentée une fois de trop. Cette façon que l’auteur a d’aborder le sujet, d’une façon franche et sans détours dès les premières lignes, choque immédiatement le lecteur et annonce la suite d’une histoire très sombre qui ne se terminera par aucun happy end…

Ensuite, les flash backs s’enchaînent avec une régularité et une précision glaçante. La vie de Diana est retracée par les trop nombreuses personnes de son entourage qui ont vu et se sont tues. L’auteur se place dans la peau d’énormément de personnages dont on ne sait rien ou presque, le narrateur change presque à chaque page. Cela pourrait poser problème, mais il n’en est rien. Ce choeur de voix n’a qu’un seul but : rendre hommage et dénoncer, montrer toute l’impuissance et la lâcheté. On se sent immédiatement pris dans l’histoire, malgré la multiplication des voix, car la plume d’Alexandre Seurat est affûtée et l’auteur a le don de l’accroche, sans jamais tomber dans le sensationnalisme. 

Avec beaucoup d’humanité, il nous dresse le portrait d’une galerie de personnages dépassés par les évènements qui n’ont pas su éviter le drame. L’auteur n’est pas dans le jugement mais dans la dénonciation. Il dénonce avec des mots simples, implicites et pourtant terriblement forts et brûlants. Il dénonce le fonctionnement des services sociaux français, il critique les rouages détraqués du système, et il déplore qu’on ne puisse rien faire pour sauver une petite fille qui se tait par amour pour des parents cruels.

On ne peut pas ressortir indifférent d’une telle lecture, c’est un roman qui prend aux tripes, c’est un roman qui vous serre la gorge, vous brise le coeur et vous donne envie d’en vouloir au monde entier. Alexandre Seurat traite le sujet difficile de la maltraitance avec beaucoup de délicatesse et de pudeur, il nous dresse un portrait à la fois triste et émouvant de cette petite victime à travers les yeux de ceux qui l’ont connue et se sont attachés à elle.  Vous aussi vous aurez l’impression de vous tenir aux côtés de Diana, cette petite fille au prénom prédestiné pour le malheur, celui d’une princesse qui s’est brûlé les ailes. L’auteur utilise une plume simple et sans fioritures, c’est très bien écrit mais il n’utilise pas d’effets de styles superflus pour autant et va à l’essentiel, à l’émotion brute. 

En résumé

Je suis ressortie révoltée et marquée de ce court roman, une lecture si percutante qu’elle vous coupe le souffle et que je ne peux que vous recommander. La plume d’Alexandre Seurat est si enlevée que l’on ne se sent jamais voyeur, l’auteur évite le sensationnalisme et les pathos, il est dans la réalité crue et dure et vous retourne le coeur.  Avec beaucoup de talent, l’auteur a réussi à me faire passer par toutes les émotions dans ce récit intelligent et bien écrit tout en posant les bonnes questions pour ouvrir le débat sur le côté absurde de la loi dans les cas de maltraitanceC’est une histoire juste, nécessaire et sombre. Ce n’est certainement pas agréable à lire, cela demande du courage d’être témoin de l’existence brisée de cette « maladroite » qui n’avait rien demandé à personne. Pourtant, je vous conseille vraiment de sauter le pas, de découvrir à votre tour cette lecture, triste et importante, à lire pour réfléchir et surtout pour dénoncer.  A lire pour ne jamais fermer les yeux. 

Après ma lecture, j’ai appris que ce roman était inspiré d’une histoire vraie et d’un fait divers très similaire qui s’était déroulé en France. Cela m’a rendue profondément triste et m’a même empêché de dormir, car ce genre de récit ne devrait être que fiction.

La Maladroite, par Alexandre Seurat, aux éditions Actes Sud, collection Babel, 2017, 5 euros 90.

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