Les Loyautés

S’il y a bien un roman que j’attendais particulièrement, c’est celui-ci ! Delphine de Vigan est mon auteure préférée, j’ai lu tous ses romans et je suis amoureuse de sa plume enchanteresse et de son écriture joliment ciselée. Je mourais donc d’impatience de découvrir son nouvel opus, et quelle ne fut pas ma joie de le recevoir en service presse via Netgalley! J’étais sûre d’aimer ce roman et pourtant, je partais avec quelques appréhensions après avoir lu des critiques mitigées sur Instagram. Verdict.

Un grand merci aux éditions JC Lattès et à Netgalley pour cette lecture.

L’histoire

Les destins croisés de quatre personnages : Théo, enfant de parents divorcés ; Mathis, son ami, qu’il entraîne sur des terrains dangereux ; Hélène, professeure de collège à l’enfance violentée, qui s’inquiète pour Théo ; Cécile, la mère de Mathis, qui voit son équilibre familial vaciller. Une exploration des loyautés qui les unissent ou les enchaînent les uns aux autres.

Mon avis 

Encore une fois, quelle claque ! Dès la première page, le ton est donné : nous retrouvons ici la plume incomparable de Delphine de Vigan. Cette auteure est à mes yeux une véritable magicienne des mots, elle les choisit avec soin, les assemble avec délicatesse dans des phrases aussi envoûtantes que percutantes. Une fois encore, sa plume est délicate et l’auteure n’a pas son pareil pour capter l’infime, pour décrire avec une grande poésie ces petits évènements du quotidien qui font toute la différence, pour retranscrire avec fidélité des sentiments que l’on n’avait même pas conscience de ressentir. Juste pour le plaisir, je vous laisse donc une photo de cette fameuse première page!

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Désolée pour la qualité qui est très mauvaise, j’ai pris ma liseuse en photo!

Passons maintenant à l’histoire en tant que telle. Cette fois, après deux autofictions magnifiques (« Rien ne s’oppose à la nuit » est sans doute l’un de mes romans préférés!), notre auteure revient à une histoire purement fictive, et c’est avec grand plaisir que j’ai découvert ces personnages créés de sa plume. Dans ce roman choral, l’auteure traite encore une fois des drames du quotidien et nous présente des héros torturés, d’une finesse psychologique rare. L’intrigue principale tourne autour de la maltraitance. Hélène, prof de sciences qui a connu le pire dans son enfance, croit reconnaître sa souffrance passée chez Théo, l’un de ses élèves. Mais cette maltraitance est-elle réelle ou supposée? Nous comprendrons très vite que quelque chose ne tourne pas rond dans l’univers familial de Théo, enfant du divorce… Reste à savoir quoi, et c’est là que le suspense monte d’un cran. Mais nos personnages sont trop aveuglés par leurs loyautés pour agir. Sauront-ils faire bouger les choses avant qu’il ne soit trop tard?

Le récit de Delphine de Vigan est marqué par une tension permanente qui monte de plus en plus, c’est un ouvrage à la fois glaçant et brûlant, le genre d’ouvrage qui ne peut laisser indifférent. Bien plus que ses autres romans, « Les Loyautés » est un récit coup de poing, qui se lit d’une traite ou presque, sans même pouvoir retenir son souffle. Plus d’une fois, j’ai adressé une prière silencieuse aux personnages et désiré modifier leurs actions, j’ai vibré et tremblé pour eux à chaque instant. Bref, un livre haletant, qui ne ressemble en rien à un thriller si ce n’est qu’il se lit avec la même urgence.

Delphine de Vigan ne prend pas de gants et n’hésite pas à aborder de nombreuses problématiques de société : la maltraitance bien sûr, mais aussi les conséquences qu’un divorce difficile peut avoir sur les enfants, l’alcoolisme ou encore la solitude des êtres qui nous entourent,… Elle prend ces thèmes durs et les enrobe de sa plume parfaite. Mais, comme l’indique le titre, le thème central est surtout celui des loyautés. Nos personnages sont unis par des liens extrêmement forts, qui les empêchent d’avancer : l’auteure a voulu explorer avec ce récit la puissance des loyautés qui nous motivent tous, qu’elles soient conscientes ou non. J’avoue n’avoir jamais réfléchi à ce thème auparavant, mais l’auteure le met brillamment en application dans son histoire, et réussit à susciter en nous de nombreuses réflexions. La dimension psychologique est au coeur du récit et si vous aimez ce genre d’histoire, vous serez séduits.

La construction chorale de ce roman permet de donner la parole à chaque protagoniste de l’histoire à tour de rôle. J’ai simplement trouvé que l’intervention de Cécile, la mère du meilleur ami de Théo, était moins nécessaire que les autres pour faire avancer l’intrigue. J’ai lu plusieurs critiques, où ce roman était qualifié d’un peu fouillis. Je comprends ce point de vue car l’intervention de ces différents narrateurs nous permet d’aborder brièvement une foule de sujets d’actualités sans liens les uns avec les autres, ni avec l’intrigue : en vrac le harcèlement sexuel, le déferlement de haine sur les réseaux sociaux… Pour ma part, cela ne m’a pas gêné, au contraire! Si ces digressions n’apportent rien à l’histoire, j’ai beaucoup aimé connaître les réflexions brillantes de Delphine de Vigan au sujet de tous ces thèmes. Pour moi, cela apporte clairement quelque chose en plus à l’histoire, ça la renforce et la distingue des autres.

Bref, vu mon enthousiasme, ce roman a failli être un très gros coup de coeur! Seulement, j’ai détesté l’auteure pour cette fin ouverte, qui a gâché toute ma joie. Au moment où le suspense atteint son paroxysme et où nous voulons absolument connaître la suite des évènements, l’histoire s’arrête sans préambule. Je ne doute pas que ce soit un effet de style, car Delphine de Vigan veut sans doute que chacun imagine sa propre fin à l’histoire. Mais pour ma part, cela m’a profondément frustrée! Que vont devenir nos personnages? La question reste ouverte.. 

En conclusion

Comme toujours, Delphine de Vigan nous livre un roman dont le plus grand atout est sa magnifique plume, semblable à aucune autre. En véritable magicienne des mots, elle a un don unique pour retranscrire les émotions avec une grande poésie. Cette jolie plume permet aussi d’enrober des thèmes durs pour les rendre plus digestes : dans ce roman choral, on parle de maltraitance, d’alcoolisme, de divorce difficile,.. D’autres sujets d’actualité sont aussi abordés, de manière parfois trop brève mais toujours percutante. Nos personnages sont unis par des loyautés qui les retiennent et les emprisonnent : la dimension psychologique est au coeur du récit. Mais ce roman est aussi un récit coup de poing, à la tension brûlante, qui se lit d’une traite, d’un seul souffle. Ce récit glaçant ne peut laisser personne indifférent et raisonnera en vous longtemps après la dernière phrase. Un roman parfait, alors? Presque… J’ai failli avoir un coup de coeur, mais à l’instant où le suspense est à son comble, l’histoire se termine brutalement. Cette fin trop ouverte m’a profondément frustrée et j’ai détesté l’auteure à ce moment-là! Dommage de finir sur un gros bémol..

Les Loyautés, par Delphine de Vigan, aux éditions JC Lattès, 2018, 17 euros. 

5 commentaires sur “Les Loyautés

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