Coupée en deux

Lorsque j’ai reçu une notification de Netgalley m’annonçant que l’une de mes sollicitations livresques avait été acceptée, j’avoue que je ne me souvenais plus trop pourquoi je voulais lire ce livre quelques mois plus tôt. Pourtant, après relecture du résumé, j’ai décidé de me plonger immédiatement dans ce tout petit roman jeunesse d’à peine 90 pages ! Bien m’en a pris, car j’ai découvert une lecture sensible et émouvante, qui saura sans doute parler aux jeunes lecteurs. Critique.

Merci aux éditions Acte Sud Junior et à Netgalley pour cette lecture. 

L’histoire

Depuis le divorce de ses parents, chaque dimanche soir, c’est le même déchirement pour Camille. Elle connaît la fissure créée par la garde alternée, elle l’a même apprivoisée avec le temps. Mais aujourd’hui, Camille doit faire un choix. Elle a rendez-vous avec la juge, son avis va être entendu. Désire-t-elle rester à Paris avec son père, sa nouvelle compagne et leur bébé ? Ou bien préfère-t-elle partir avec sa mère en Australie et changer complètement de vie ? Un dilemme adolescent mis en scène avec justesse et pudeur dans un huis-clos au coeur du Palais de Justice.

Mon avis

La littérature jeunesse, quand elle est de qualité, est une clé idéale à donner à tous les enfants pour leur permettre d’affronter les coups durs de la vie. C’est pourquoi ce roman aussi court qu’efficace saura sans doute parler à de jeunes lecteurs devant traverser les durs dilemmes liés au divorce et les aider à répondre à des questions qu’un enfant ne devrait normalement jamais se poser. J’ai été agréablement surprise par la qualité de ce roman, qui ne prend pas ses jeunes lecteurs pour des cruches et nous touche en plein coeur, quel que soit notre âge !

Nous suivons Camille, une jeune fille habituée aux aléas du divorce, qui doit se rendre au Palais de Justice pour donner sa réponse à une question difficile : choisit-elle sa mère ou son père? A l’intérieur de ce bâtiment trop grand pour elle, la jeune fille cogite et cogite encore en nous ouvrant la porte de sa vie pas si facile d’enfant de divorcés. Que faire quand les deux personnes que vous aimez le plus au monde se détestent et ne peuvent se parler que par l’intermédiaire de juges et d’avocats ? Que faire quand vous devez protéger des adultes, devenus soudain plus fragiles que vous? Comment réagir lorsque l’on croise sa gentille belle-mère et que l’on n’ose pas lui dire bonjour par peur de froisser la maman triste qui nous accompagne? J’ai été très touchée par le quotidien de Camille, par l’immaturité des adultes et la tristesse de cette jeune fille qui a un poids très lourd à porter. Ce quotidien est semblable à celui de nombreux autres enfants, finalement, et j’ai ressenti de la compassion pour eux, moi qui n’ai jamais connu ça.

D’une voix sensible et peu assurée, la jeune narratrice prend le lecteur pour complice de ses élucubrations intérieures. Le ton de ce roman est assez mélancolique et la plume est de qualité, bien plus que ce que l’on pourrait attendre d’une lecture jeunesse. Une grande tristesse s’échappe de cette histoire émouvante, une tristesse qui fait réfléchir et devrait, je l’espère, faire du bien aux jeunes lecteurs confrontés à la même situation, qui se rendront compte par la même occasion qu’il existe d’autres enfants qui partagent leur souffrance. Dans ce type d’histoire, pas de happy end possible : si Camille part avec sa mère en Australie, son père sera triste et vice versa. J’ai cependant beaucoup apprécié le dénouement, conclusion étonnamment douce par rapport à la dureté du Palais de Justice dans lequel l’histoire se déroule. J‘ai beaucoup aimé que l’auteure ne choisisse pas une fin où tout irait enfin pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais un dénouement en demi-teinte, comme c’est le cas dans la vie. Charlotte Erlih ne sous-estime jamais ses jeunes lecteurs, et cela m’a fait plaisir à voir.

Une seule petite remarque, pourtant : nous ne possédons que peu d’informations sur l’âge de la narratrice. Elle semble déjà adolescente et pourtant le ton est particulièrement enfantin. J’aurais aimé que le portrait de Camille soit dressé de façon plus précise, cela aurait pu aider le lecteur à se la représenter et les plus jeunes d’entre eux à s’y identifier. Mais ce n’est qu’un détail insignifiant qui n’enlève pas sa qualité à ce roman jeunesse très réussi, à faire lire dès 9-10 ans aux enfants concernés (et aux autres). Un livre doux et dur à la fois, comme une boussole destinée à les guider dans les méandres du divorce, une petite lueur d’espoir à garder avec soi en permanence. 

Coupée en deux, par Charlotte Erlih, aux éditions Actes Sud Junior, 2018, 12 euros 50. 

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