La maison à droite de celle de ma grand-mère

J’ai rencontré Michaël Uras au salon Saint Maur en Poche en juin dernier. J’avais eu l’occasion de discuter avec lui lors du déjeuner avec les auteurs organisé par la maison d’édition Le Livre de Poche, et sa sympathie m’avait convaincue de m’offrir son roman « Aux petits mots les grands remèdes ». A l’heure actuelle, celui-ci dort encore dans ma PAL, mais j’étais néanmoins très impatiente de découvrir la plume de l’auteur. J’étais donc enchantée de me plonger dans son dernier roman, d’autant plus que celui-ci se passe en Sardaigne, une île chère à mon coeur puisque j’y ai passé mes vacances durant de nombreuses années. Cette histoire a finalement été une petite déception, même si j’ai beaucoup aimé l’univers construit par l’auteur. Critique.

Merci aux éditions Préludes pour cette lecture. 

L’histoire

« Giacomo, ne tarde pas. Les médecins sont formels, la fin est proche. »
C’est ainsi que notre héros, un jeune traducteur espiègle et rêveur, retourne sur l’île de son enfance, où sa grand-mère est au plus mal. Et alors qu’il doit rendre un travail sans tarder, soudain, c’est toute la Sardaigne qui le retient : Maria, sa mère, qui n’a jamais vraiment compris pourquoi son fils adoré l’avait quitté, Mario le père taiseux, l’envahissant oncle Gavino, Manuella l’épicière du village, dont Giacomo était secrètement amoureux quand il était enfant, la jolie dottoresse Alessandra, qui s’occupe de la nonna à l’hôpital, Fabrizio, l’ami d’enfance au corps cabossé et au grand coeur, et, surtout, le mystérieux Capitaine, figure tutélaire et énigmatique…
D’une crique perdue aux ruelles pittoresques que bordent les maisons de couleur, entre une bouchée de dolci et les pastilles miraculeuses du docteur Ignazio, pas de doute, la maison de Giacomo est une île. Mais pourra-t-il en repartir ?

Mon avis

Le résumé de ce roman ainsi que sa couverture acidulée évoquent une histoire feel good. C’est pourquoi j’ai été très surprise de la tonalité mélancolique de ce récit… Michaël Uras nous livre une tragicomédie qui ne manque pas d’intérêt, mais qui a su me dérouter parfois en raison de la grande nostalgie qui s’en dégage. Notre héros, Giacomo, entretient une relation d’amour-haine avec la Sardaigne, son île natale, et nous le fait ressentir dans ce roman qui souffre d’un trop grand nombre de longueurs. Le propos n’en reste pas moins intéressant, ainsi que la galerie de personnages qui oscillent toujours entre loufoque et pathétique. « La maison à droite de celle de ma grand-mère » est une histoire en demi-teinte, à la saveur douce-amère, qui évoque ce que deviennent les rêves d’enfants une fois adulte… Prenons par exemple le Capitaine, ce héros emblématique du village dont Giacomo découvre avec surprise la banalité. Les personnages sont à son image : ils semblent hauts en couleur, comme dans tout roman feel good, mais ce ne sont finalement que des clowns tristes. L’ambiance de ce roman est très particulière, et je pense que c’est une histoire qui ne saura pas séduire tous les lecteurs.

Pour ma part, j’ai passé de nombreuses vacances en Sardaigne par le passé et je ressens beaucoup de tendresse pour cette île et son atmosphère si particulière, quasi coupée du monde et de toute modernité et ancrée dans ses traditions…La Sardaigne est un lieu où la lenteur est le mot d’ordre, où les paysages sont aussi montagneux que les habitants taiseux, où le temps passe parfois lentement sous une chaleur insoutenable. Cette ambiance se retrouve à la perfection dans ce roman, et j’ai souri par moments face à la justesse des observations réalisées par l’auteur. Michaël Uras nous décrit avec justesse cette petite île et ses contradictions, il nous fait découvrir la spécificité du paysage et celle de ses habitants. Ce roman fait bien voyager, et m’a d’ailleurs donné envie de retourner sur l’île. Mais voilà, si en Sardaigne tout est plus lent, ce roman ne fait pas exception…

L’intrigue principale est assez mince et est noyée sous les trop nombreuses digressions. Le personnage principal part un petit peu dans tous les sens, la construction très décousue alterne entre passé et présent et je ne m’y suis pas toujours retrouvée.. Il ne se passe finalement pas dans ce roman à l’atmosphère alanguie, qui est pour moi trop long. En Sardaigne, pour notre héros, le temps semble parfois s’étirer indéfiniment, et c’est aussi le cas du roman! L’histoire est finalement bien mince, mais elle ne manque pas d’intérêt pour autant. Notre personnage principal traverse une mauvaise passe dans sa vie, et tente de se ressourcer sur l’île de ses racines. De beaux thèmes sont évoqués, comme le lien à la famille, le couple ou encore les mauvaises passes de la vie. Certains passages ont su m’émouvoir tandis que d’autres m’ont vraiment fait sourire. L’ironie est toujours au rendez-vous et Michaël Uras porte un regard mordant sur la vie.

L’auteur est prof d’unif, et cela se ressent dans son roman, dont l’écriture est très soignée, plus que dans mes lectures habituelles. Le vocabulaire est recherché, les formulations sont travaillées et ciselées pour faire mouche, le personnage principal ne manque pas d’esprit et les références littéraires parfois pointues sont légions, d’autant plus que notre héros est traducteur. J’ai donc été assez surprise par la qualité de cette plume, même si ce n’est pas mon style d’écriture de prédilection, moi qui préfère les livres à l’écriture simple mais touchantes.

Voici une photo de ma rencontre avec l’auteur en juin lors du chouette salon Saint-Maur en Poche ! Il y sera encore présent cette année, et je compte aller le revoir si j’en ai l’occasion. 

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La maison à droite de celle de ma grand-mère, par Michaël Uras, aux éditions Préludes (2018), 15 euros 90. 

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