À 18 ans, demandons l’impossible

Il y a un moment maintenant, j’ai eu la chance d’être sélectionnée pour recevoir un ouvrage lors de la Masse Critique dédiée à la littérature jeunesse organisée par Babelio. J’étais très satisfaite de cet envoi, puisqu’il s’agissait d’un roman historique dédié à mai 68, un évènement dont on fête cette année les 50 ans et qui m’intéresse tout particulièrement. J’ai finalement profité d’un City trip à Cracovie pour lire ce court roman.

Merci aux éditions Casterman et à Babelio pour cette lecture reçue dans le cadre de l’opération Masse Critique.

L’histoire

« Nous, les moins de 21 ans, nous ne pouvons pas faire entendre notre voix via le suffrage universel. Comment pouvons-nous alors montrer que nous avons des idées pour changer la société ? Réponse : grâce à notre imagination ! »

Dans son journal intime, Madeleine raconte avec exaltation sa vie d’étudiante, ses révoltes mais aussi ses espoirs… Elle donne à voir de l’intérieur les événements de mai 68, où un vent de liberté sans précédent soufflait sur la France.

Mon avis

Ce roman est construit sous forme de journal intime et nous raconte le quotidien de Madeleine, une jeune fille de 18 ans qui vivra de l’intérieur les évènements de mai 68. Cette période fascinante et foisonnante m’intéresse énormément, et j’ai été très heureuse d’en apprendre plus à l’aide de cette lecture très richement construite. Le journal de Madeleine nous plonge en plein coeur d’une époque et nous permet d’en saisir tous les aspects : les références culturelles ne manquent pas, de même que les descriptions riches du contexte géopolitique ou encore de la vie quotidienne en plein changement. Les notes de bas de page, très précises, aident à remettre chaque évènement dans son contexte, et j’ai trouvé l’ensemble tout bonnement passionnant! « A 18 ans demandons l’impossible » est un roman qui fourmille d’informations, creusées en profondeur, qui nous offre une immersion parfaite dans les sixties. Si ce roman s’adresse à la jeunesse, il faut cependant posséder certaines connaissances, notamment en matière de politique, pour pouvoir l’apprécier à sa juste valeur. Bref, ce livre, bien que Young Adult, peut s’avérer très complexe et saura captiver un public adulte de passionnés d’histoire. Cet ouvrage me semble tout de même être un très bon outil à mettre au service des profs d’histoire pour faire découvrir cette période autrement.

J’ai déjà pu lire des choses sur la période de mai 68, mais jamais rien qui m’ait offert une vision d’ensemble aussi précise : « A 18 ans, demandons l’impossible » est une sorte de roman-panorama qui nous aide à saisir cette crise complexe dans tous ses enjeux. A travers le quotidien de la très engagée Madeleine, nous comprenons les revendications plus que fondées de ces jeunes, qui désiraient s’élever contre une société jugée archaïque. La surpopulation des universités, la volonté de s’engager politiquement pour ne pas suivre le même schéma que les parents, les problèmes de sexualité et de contraception, le caractère inutile des cours magistraux où l’on se sent comme un numéro… Tous ces problèmes étaient bien réels à l’époque et certains le sont encore aujourd’hui : plus qu’un roman historique, il s’agit presque d’une étude sociologique qui nous pousse à réfléchir sur la société : certes le monde a évolué, mais il reste encore aujourd’hui beaucoup de choses à régler. Pour mon plus grand plaisir, j’ai aussi croisé de nombreux personnages historiques qui interagissent avec nos héros fictifs, sans oublier les slogans révolutionnaires, cités en nombre, dont certains sont plus que frappants, comme « Consommez plus, vous vivrez moins ». Il faut aussi souligner la dimension ludique de cet ouvrage, entrecoupé de reproductions d’affiches de l’époque, et qui s’achève d’ailleurs par un dossier documentaire jamais barbant, juste assez long pour être complet et assez simple pour remplir sa mission de vulgarisation scientifique.

La narratrice, Madeleine, est intéressante, sans pour autant être super attachante : sa psychologie n’est pas très développée, mais ce n’est pas non plus le but ici… Cependant, le ton qu’elle utilise est simple et assez entraînant, et il devient très facile de la comprendre et de se mettre à sa place.  Particulièrement pour moi.. En effet, Madeleine est une étudiante en Lettres comme moi, elle a le même âge que moi et j’ai été frappée de constater que son quotidien était très similaire au mien, notamment au niveau scolaire, malgré les 50 ans qui nous séparent. L’amour de Madeleine pour la littérature est un petit plus qui m’a particulièrement plu : non seulement parce que je peux m’y reconnaitre, mais aussi parce que son journal est émaillé de jolis extraits et de célèbres poèmes des plus grands auteurs français. Mais voici venir les bémols…Si Madeleine, la narratrice, est un personnage central assez chouette, tous les autres ne sont que trop rapidement esquissés et manquent cruellement de relief. Il n’y a pas non plus vraiment d’intrigue ou de rebondissements : nous sommes plus dans le portrait d’une époque que dans un récit narratif, et j’avoue que cela m’a un peu manqué…Malgré la petite taille de ce roman, j’ai fini par m’ennuyer et par avoir envie de le refermer, car les évènements tournent en rond et tout est assez répétitif. Cela n’entache pas la qualité de cette belle peinture historique, mais c’est dommage…

En conclusion

A travers le journal intime d’une jeune fille nommée Madeleine, cet ouvrage, richement construit et creusé en profondeur, vous fournira une foule d’informations sur les évènements de mai 68, qui fêtent aujourd’hui leur cinquantième anniversaire et que vous vivrez en profondeur. Je voulais en savoir plus sur les sixties, et j’ai été servie tant ce roman nous offre une belle immersion dans cette époque de bouleversements : contexte géopolitique, revendications étudiantes, injustices et inégalités dans la société, références culturelles…Rien n’est oublié et ce roman-panorama passionnant vous en apprendra beaucoup ! Destiné à un public d’adolescents, « A 18 ans, demandons l’impossible » nous plonge dans l’Histoire de façon ludique mais précise, notamment grâce au dossier documentaire très intéressant et assez simple placé à la fin du récit. Si cet ouvrage constitue un formidable outil pédagogique, il ne vaut pas forcément pour son intrigue. Les personnages n’ont pas grand intérêt et sont peu développés, mis à part Madeleine, la narratrice, à qui je me suis beaucoup identifiée. Un manque de rebondissements peut vous plonger rapidement dans l’ennui, et les trop nombreuses descriptions se révèlent répétitives : ce roman paraît bien plus long que ses 170 pages ! Un livre intéressant, mais à  réserver aux passionnés d’histoire, qui apprécieront le travail de grande qualité qui a été mené.

A 18 ans demandons l’impossible, par Adeline Regnault et Elsa Neuville (pour le dossier documentaire), aux éditions Casterman, 2018, 12 euros. 

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