Les Affamés

Lors de la dernière Masse Critique Babelio, cette fois dédiée à la non-fiction, j’avais sélectionné entre autres un essai de Léa Fredeval nommé « Les Affamés ». Je n’avais entendu parler de cet ouvrage, mais je savais qu’il allait être adapté au cinéma et la bande-annonce du film avec Louane me tentait bien. J’ai finalement eu la chance d’être sélectionnée, et j’ai pu découvrir ce bouquin quelques jours avant de me rendre au cinéma avec mon amoureux pour découvrir l’adaptation. J’ai accroché aussi bien au livre qu’au film, même s’ils sont très différents l’un de l’autre! Alors que le film est une comédie française plutôt touchante, l’ouvrage est un essai engagé et très pertinent dont je vais vous livrer ici ma critique.

Merci aux éditions Bayard et à Babelio pour cette lecture reçue dans le cadre de l’opération Masse Critique.

L’histoire

Les affamés est le premier livre de Léa Fredeval, publié chez chez Bayard, à 22 ans. Elle y raconte, avec humour, impertinence et sans naïveté, les galères d’une jeune Parisienne dont la situation rejoint celle de toute une jeunesse abonnée aux petits boulots, aux stages non ou peu rémunérés en entreprise. Elle montre toute l’énergie et la créativité d’une génération « qui ne lâche rien », et qui veut prendre sa place dans le monde d’aujourd’hui et de demain.

Mon avis

« Les affamés » est un essai que Léa Fredeval a écrit pour redonner voix à une génération souvent opprimée : la sienne, celle des jeunes, qui n’ont selon elle pas droit au chapitre. Dans l’adaptation ciné, qu’elle a réalisée et scénarisée, son héroïne et alter ego prononce d’ailleurs cette phrase : « On nous demande tout sans rien nous donner en échange ». Les affamés, ce sont donc des jeunes qui ont perdu leurs illusions bien trop vite, qui galèrent pour survivre dans la métropole en dessous du seuil de pauvreté, qui sont surdiplomés mais se retrouvent à devoir accomplir des petits boulots. S’il est indéniable que le chômage et la crise sont un problème de société, on n’a pas l’habitude d’envisager leurs répercussions sur la génération qui entre sur le marché de l’emploi aujourd’hui. La démarche de Léa Fredeval est donc assez novatrice, je l’ai trouvée intéressante et pertinente malgré petites choses qui ont gêné ma lecture. 

Qu’on adhère ou pas au propos de Léa Fredeval, il est clair que la jeune auteure a du talent. Son essai est servi par une argumentation solide et cohérente, où tout nous est démontré preuve à l’appui. Les statistiques sont correctement utilisées, et l’auteure arrive à trouver la formulation parfaite : elle touche au but par un langage à la fois clair et très à-propos. Je n’ai pas l’habitude de lire des essais, mais je n’ai jamais trouvé celui-ci complexe, car l’auteure arrive très bien à placer à juste dose des anecdotes issues de son vécu pour alléger tout ça. Par contre, puisque nous ne sommes pas dans un roman, il n’y a pas vraiment de personnages ou d’action et je dois bien avouer que je me suis un peu ennuyée à certains moments car j’ai trouvé ce livre un peu moins vivant que ce que j’ai l’habitude de lire. Mais cette remarque n’est pas à imputer à l’auteure, simplement au genre essai avec lequel je n’ai pas l’habitude!

Avec cet ouvrage, Léa Fredeval a pour ambition de dresser un portrait de la jeunesse d’aujourd’hui, un portrait qu’elle a d’ailleurs traduit sous forme d’une histoire pour les besoins du film qui est actuellement au cinéma. Elle nous présente donc un panorama aussi large que possible de la génération à laquelle elle appartient, en prenant en compte tous les aspects du quotidien : le travail, les études, la politique, mais aussi la vie amoureuse ou les soirées.. Le résultat est un ouvrage résolument moderne, ancré dans son époque, mais surtout très complet, pour lequel chaque chapitre est dédié à un thème.  « Les affamés » est un véritable portrait d’une génération, construit avec justesse et un brin d’autodérision. Mention spéciale pour le glossaire « les mots qui existent pour nous ».

Malheureusement, ce portrait qui ne concerne qu’une minorité m’a semblé un peu trop réducteur : l’auteure le précise bien, elle parle de son expérience et ne cherche pas à faire des généralités.  Pour cette raison, alors que j’appartiens à la même génération, je ne me suis pas trop reconnue dans toutes les descriptions qui étaient faites de ces jeunes: bien sûr, je ne parle ici qu’en mon nom et étant belge, où la vie est différente et où le marché de l’emploi n’est pas aussi bouché (en tout cas il me semble), je ne connais pas ce climat de concurrence et cette précarité qui peut s’installer dans les grandes villes. De plus, je ne suis qu’étudiante et j’ai quelques années de moins que les jeunes dont parle l’auteure, j’aurai donc tout le temps de me rendre compte plus tard de ces inégalités. Cependant, on peut quand même se demander quel est le public réel de l’ouvrage : je ne sais pas si des jeunes, qui vivent au quotidien les situations décrites par l’auteure, s’intéresseraient à un livre qui décrit tout ce qu’ils connaissent déjà. Ce livre pourrait donc ne pas trouver son public, à moins que des adultes prennent le temps de découvrir ce livre très instructif et de s’informer sur le marasme dans lequel une partie de la France est plongée.

Les Affamés, par Léa Fredeval, aux éditions Bayard (2018), 16 euros 90.

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