Vivre ensemble

La rentrée approche à grands pas et comme chaque année, cette période est aussi l’occasion pour les librairies de se parer d’une foule de nouveautés. Parmi le programme des parutions de cette année, j’avais repéré « Vivre ensemble », un roman dont le sujet résolument actuel m’interpellait. J’ai eu la chance de le découvrir en avant-première grâce à Netgalley et aujourd’hui, jour de sortie de ce titre, je vous en donne mes impressions.

Merci aux éditions Stock et à Netgalley pour cette lecture.

L’histoire 

« La première fois qu’ils se sont vus tous les quatre, le fils de Pierre n’a pas supporté un mot du fils de Déborah, ou peutêtre était-ce juste un rire, et, pris d’une rage folle, il s’est mis à hurler qu’il les détestait, que de toute façon elle ne serait
jamais à son goût et Léo jamais son frère, puis il a attrapé un couteau de boucher aimanté à la crédence derrière lui et, le brandissant à leur visage, il a menacé de les tuer – cela faisait une heure à peine qu’il les connaissait. »
Tout le monde ne parle que du vivre-ensemble mais, au
fond, qui sait vraiment de quoi il retourne, sinon les familles recomposées ? Vivre ensemble, c’est se disputer un territoire.

 Mon avis

Le vivre-ensemble, devenu un terme galvaudé dans la bouche des politiciens, qu’est-ce réellement ? Est-ce seulement possible de s’accepter les uns les autres, dans une belle harmonie ? L’auteure Emilie Frèche envisage cette question avec cynisme : sa réponse prend la forme d’un roman au ton cruel et souvent mordant qui dissèque notre société actuelle et remet en question le côté idyllique de la vie domestique. Loin des feel good books que je lis habituellement, ce roman peut s’avérer glaçant et dérangeant, dans le même style que le récent « Chanson douce » que j’avais beaucoup aimé. Tous les deux ont en commun de remettre en question des valeurs de la société actuelle qu’il nous semblerait impossible de ne pas partager. Cette histoire est celle d’une famille, qui se décompose en se recomposant. Bien loin du discours idyllique que l’on entend souvent, « Vivre ensemble » nous démontre l’enfer que peut devenir le quotidien lorsqu’on le partage avec des quasi inconnus, dont certains vous menacent sous votre propre toit.

Concrètement, Emilie Frèche nous relate une histoire somme toute assez banale : celle de Déborah et Pierre qui tombent amoureux et décident de s’installer avec leurs enfants respectifs. Sauf que Salomon, le fils de 10 ans de Pierre, est un enfant étrange, véritable sociopathe en herbe, qui menace l’équilibre de Déborah et son fils. Cette histoire est une  variation sur le thème des frères ennemis, à ceci près qu’au 21èmesiècle, Abel et Caïn, auxquels l’auteure fait souvent référence, n’ont plus de lien de sang. Tout au long de ma lecture, je sentais la tension monter et je pressentais un final surprenant, comme souvent de ce type de roman psychologique. Emilie Frèche, que je découvrais pour la première fois, m’a agréablement surprise avec sa plume ciselée qui explore les tréfonds de l’âme de ses personnages, un peu à la manière de Delphine de Vigan. La comparaison se justifie, puisque comme pour son dernier roman, « Les loyautés », la tension accumulée tout au long de l’intrigue retombe comme un soufflé et plutôt qu’un final en apothéose, l’auteure nous offre un dernier chapitre, surprenant mais bien mince, qui ne répond à aucune question et nous laisse frustré. Il me semble que ce dénouement un peu mystérieux est de plus en plus à la mode dans la littérature contemporaine, mais pour ma part, ce type d’effet de style me laisse un goût amer en bouche.

Reste que ce roman est très agréable à lire, grâce à ses personnages complexes et difficiles à cerner dont la psychologie est particulièrement bien travaillée. De plus, l’auteure Emilie Frèche installe son intrigue dans la société contemporaine, en abordant des sujets sensibles tels que la politique, les attentats de Paris ou la jungle de Calais. Il y a une véritable ambition de peinture sociale, qui perce en filigrane tout au long du roman et j’ai été très sensible à toutes ces digressions, souvent pleines de bon sens.

 

 

4 commentaires sur “Vivre ensemble

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    1. Merci beaucoup, ça me fait vraiment plaisir ! J’ai lu la tienne et je suis d’accord avec toi sur le manque d’empathie de l’auteure envers certains personnages, c’est vraiment déroutant de lire un tel roman mais malgré le malaise, c’est ce que j’ai apprécié ! J’ai trouvé ça original que ce roman se situe à contre courant de tous les bons sentiments habituels

      Aimé par 1 personne

      1. Oui c’est vrai, mais vu qu’on ne peut s’empêcher de partager certains de ces sentiments, c’est malaisant. Se confronter à ses propres défauts est difficile ! 🙂
        Je me suis permise de mettre un lien vers ta chronique depuis la mienne, j’espère que cela ne te gêne pas !

        J'aime

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