Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique

Je suis toujours au rendez-vous pour les nouveautés du Cercle Belfond et ce roman n’a pas fait exception à la règle ! Cette histoire me semblait fort alléchante et j’ai pris plaisir à la dévorer lors d’un citytrip à Paris début juillet. Depuis, le temps a passé et j’avais un peu oublié de vous en parler, mais il est temps de réparer cette erreur. J’ai été ravie par ce roman qui aborde des thèmes forts et importants, tout en restant malicieux. Critique.

Merci aux éditions Belfond pour cette lecture.

L’histoire

 » Association sikhe recherche animatrice pour atelier d’écriture réservé aux femmes.  » La bonne aubaine pour Nikki, Londonienne de vingt-deux ans, en quête désespérée d’un petit boulot.

Mais alors qu’elle pensait former des apprenties romancières, Nikki se retrouve face à un public inattendu : une dizaine d’Indiennes, de tous âges, majoritairement veuves, souvent analphabètes et dotées d’une imagination très, très fertile. Écrire ? Pensez-vous ! Elles, ce qu’elles veulent, c’est raconter : le choc culturel, la vie de famille, l’éducation des enfants. Raconter encore l’amour, le sexe et tous ces fantasmes enfiévrés qui leur traversent si souvent l’esprit. Raconter aussi la solitude, la soumission aux hommes, la violence, parfois.

Alors que la fréquentation de ce club débridé augmente de semaine en semaine, Nikki s’interroge : comment porter ces histoires au-delà des murs de la maison de quartier ? La jeune étudiante a une idée. Mais libérer la parole des femmes n’est jamais sans danger…

Mon avis 

J’ai été très surprise par le décalage entre la gravité des sujets abordés et la légèreté du ton de l’auteure, Balli Kaur Jaswal, qui prend le parti de nous faire vivre par le rire le quotidien souvent difficile des femmes indiennes installées à Londres, dans le quartier de Southall, et dont l’intégration est compliquée. Ce roman profondément engagé parle de crime d’honneur, de violence, de mariage forcés, d’agressions sexuelles, d’analphabétisme et de tous les problèmes qui peuvent survenir dans cette communauté indienne, qui vit en Occident mais se comporte encore comme au pays, où les hommes ont tout pouvoir sur leurs femmes. Balli Kaur Jaswal est féministe et entend sensibiliser son lectorat à ces problèmes sur lesquels les femmes concernées n’osent jamais s’exprimer. Comme son héroïne et alter ego, Nikki, elle a décidé de donner la parole aux opprimées, d’être la voix de celles qui n’en ont pas.

Le tableau que je viens de dresser n’est pas réjouissant et vous laisse sans doute présager un roman grave et sérieux. Il n’en est rien. L’auteure a choisi avec finesse de traiter tous ces problèmes à travers une histoire presqu’amusante, pleine de fantaisie et de surprises, où la solidarité féminine est le maître mot. C’est pourquoi elle nous plonge dans le petit monde de Nikki, cette jeune indienne totalement occidentalisée, dont le quotidien va changer lorsqu’elle est engagée pour donner des cours d’écriture aux femmes de sa communauté. Elle, qui se rêvait mentor d’écrivaines en herbe, se retrouve face à des veuves qui ne savent même pas écrire! Et qui sont bien décidées à partager leurs histoires érotiques et autres fantasmes un peu osés… Voici pour le résumé, qui ne manque vraiment pas de piquant. Il fallait oser, et Balli Kaur Jaswal l’a fait, tout en restant dans la bienveillance et dans le respect de ses personnages.

Ce postulat de départ, surprenant et à contre courant, s’avère fonctionner très bien et donner lieu à une histoire pétillante pleine de malice et d’esprit feel good. Nos veuves pleines d’imagination nous livrent des histoires érotiques gentiment émoustillantes, qui sont incorporées au récit principal et constituent un vrai plus, empêchant la monotonie  de s’installer. Nos veuves sont surtout de sacrées personnalités, pas toutes attachantes à première vue et souvent hantées par un secret que nous découvrirons au fil du temps. Leur destin parfois tragique est l’occasion pour l’auteure de nous dresser un panorama, honnête mais pas très réjouissant, de la situation de ces Indiennes. Loin de s’apitoyer sur leur sort, nos personnages féminins savoureux sauront vous faire sourire, vous attendrir et vous interpeller, chacune à sa manière unique. Balli Kaur Jaswal est très douée pour nous livrer une galerie de beaux portraits de femmes, des héroïnes fortes, loin de celles que l’on a l’habitude de rencontrer, que vous en viendrez à considérer comme des amies et qui vous aideront à ouvrir votre horizon. La solidarité qui existe entre ces laissées pour compte est touchante et devient même amusante lorsque Nikki, beaucoup plus jeune, se joint à la joyeuse bande étonnamment décomplexée. Ce roman nous parle d’une amitié qui défie les générations, des liens entre les femmes qui se créent naturellement, de la puissance du féminin et c’est en cela qu’il a un côté totalement feel good et féministe. L’union fait la force, et les veuves indisciplinées vont vous le démontrer de belles manière au fil de leurs péripéties oscillant entre drôlerie et gravité.

« Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique » est aussi un roman qui parle d’intégration, de transmission, de la difficulté de faire partie d’une communauté, de l’éducation que nous recevons et de la façon dont elle influence notre vie d’adulte. Via l’histoire de Nikki et de sa soeur plus traditionnelle Mindi, l’auteure aborde la difficulté de naviguer entre tradition et modernité, des thèmes universels qui parleront à tous et pas seulement aux femmes indiennes, loin s’en faut ! L’auteure nous invite à nous pencher sur nos racines et à trouver un équilibre, aussi précaire soit-il, entre les enseignements de nos aînés et nos propres convictions. Des thèmes bien sérieux que l’on ne retrouve pas dans tous les romans érotiques!

En résumé

Le pari de l’auteure était risqué: mélanger histoire d’amitié, roman initiatique dans lequel nous voyons la jeune Nikki mûrir et se trouver, roman érotique savoureux, roman engagé sur la condition des femmes et découverte fascinante de la culture indienne… Le résultat aurait pu être un melting pot brouillon, mais par chance, la mayonnaise prend parfaitement! Il y a plusieurs romans en un dans ce gros bouquin très riche, qui vous fera passer par une foule d’émotion différentes, entre rire et larmes, indignation et bienveillance, engagement et érotisme… Cette belle histoire de femmes, comme sait si bien nous en livrer la collection Le Cercle chez Belfond, est un OVNI littéraire à découvrir d toute urgence!

Le Club des veuves qui aimaient la littérature érotique, par Balli Kaur Jaswal, aux éditions Belfond, collection Le Cercle (2018), 21 euros.

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