Le monde de Christina

J’accorde une confiance aveugle à la collection Le Cercle de chez Belfond, dont chaque parution me transporte dans de nouveaux univers et me fait découvrir de beaux destins de femmes.  Chaque nouveau roman est une valeur sûre à mes yeux, au point que je les lis sans même savoir de quoi ils parlent. C’est encore le cas avec le dernier paru, « Le monde de Christina », qui s’est avéré être un très joli roman intime. Critique.

L’histoire

Du monde, Christina Olson n’a rien vu. Paralysée depuis l’enfance, elle vit recluse dans la ferme familiale, perchée sur une falaise du Maine. Sa seule ouverture sur l’extérieur : une pièce remplie de coquillages et de trésors rapportés des mers du Sud par ses ancêtres, farouches marins épris d’aventures, et dont les histoires nourrissent ses rêves d’ailleurs.
L’arrivée de nouveaux voisins, la pétillante Betsy et son fiancé, le jeune peintre Andrew Wyeth, va bouleverser le quotidien de cette femme solitaire. Alors qu’une amitié naît entre elle et le couple, Christina s’interroge : pourra-t-elle jamais accéder à la demande d’Andrew de devenir son modèle ? Comment accepter de voir son corps brisé devenir l’objet d’étude d’un artiste, d’un homme ?
L’art est le reflet de l’âme. Et sur la toile, Christina redoute de voir apparaître ses failles, et celle qu’elle aurait tant désiré être…

Mon avis

Aimez-vous l’histoire de l’art? Pour ma part, c’est un univers qui m’intéresse et sur lequel j’aime apprendre par moi-même en visitant des musées, mais ce que j’aime par dessus tout, c’est découvrir l’histoire vraie qui se cache derrière les tableaux. Avec ce roman, j’ai été servie ! « Le monde de Christina » nous raconte en effet l’histoire vraie derrière le tableau éponyme, « Christina’s world », un monument de l’histoire de l’art américaine exposé au MOMA, dont je n’avais jamais entendu parler. Et quelle histoire!

« Le monde de Christina » est un tableau qui a été inspiré au peintre Andrew Wyeth par son amitié surprenante avec Christina Olson, une femme infirme vivant recluse dans une maison isolée en haut d’une colline. C’est le destin de celle-ci que nous allons suivre dans ce sublime roman rédigé par Christina Baker Kline et comme pour les autres romans du Cercle Belfond, c’est une réussite! Avec une infinie délicatesse, l’auteure nous conte une histoire vraie, celle d’une existence marquée par le sacrifice, l’abnégation et la mélancolie, mais aussi et avant tout par un courage hors normes.

Christina est une femme handicapée ayant vécu dans l’Amérique rurale du début du 20ème siècle, et l’auteure nous dresse un parfait portrait, historiquement très intéressant, de cet univers restreint et oppressant, où les tâches quotidiennes physiquement lourdes font part intégrante d’un quotidien dénué de fantaisie. J’ai été très marquée par l’ambiance Amérique profonde qui se dégage de ce roman nous emmenant en retrait du monde, bien loin de l’American dream. Mais la force de cette histoire vient avant tout du personnage de Christina, l’héroïne qui refuse de se laisser définir par son handicap et fera preuve, au cours de sa vie difficile, d’un courage à toute épreuve, allant même jusqu’à l’entêtement. Si vous aimez les héroïnes fortes et inspirantes, vous devriez adorer ce roman, même si Christina est bien loin de l’image que l’on se fait d’une jeune première. Cette femme m’a plu dans toutes ses contradictions, dans sa marginalité, sa rigueur, voire même son aigreur, qui cachent en réalité une âme éprise de liberté brisée par son destin contrarié. Le seul qui arrivera à la saisir comme elle est vraiment sera la jeune peintre Andrew Wyeth, et l’amitié naissante entre eux est à la fois belle et surprenante.

Le sujet de l’histoire de l’art n’est jamais bien loin puisque nous découvrons le processus de travail fascinant d’Andy, sa façon de voir le monde si différente des autres qui le pousse à faire de Christina, cette femme infirme que jamais personne n’a regardée pour ce qu’elle était vraiment, le sujet de la toile qui deviendra son chef-d’oeuvre. De par les sujets abordés et l’ambiance rurale si particulière de ce petit coin du Maine reculé, ce roman ne ressemble à aucun autre, mais pour ma part, il a su totalement m’embarquer! Cette histoire au ton intimiste sonne juste et se révèle souvent poétique et contemplative. Il y a très peu d’action, Christina restant prisonnière dans sa petite portion du monde, mais pour ma part, cela ne m’a pas dérangée tant la plume de l’auteure est belle et les thèmes abordés originaux. Le handicap, en particulier, est traité avec une justesse rare et beaucoup de pudeur. Ce roman ne plaire pas à tout le monde, c’est certain, mais je ne peux que vous le recommander chaleureusement car cet univers m’a envoûtée du début à la fin. Je crois que je n’oublierai pas de sitôt le destin de Christina…

Le monde de Christina, par Christina Baker Kline, aux éditions Belfond, collection Le Cercle (2018), 21 euros 90. 

 

4 commentaires sur “Le monde de Christina

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  1. Cette chronique est vraiment riche car elle m’ouvre trois horizons: cette histoire et son contexte, l’auteure que je ne connais pas et cette édition. Voilà qui m’ouvre de très belles perspectives de lecture. Je suis déjà conquise par ce roman…
    Merci. A très bientôt.

    J'aime

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