Mon père

Grégoire Delacourt est un écrivain dont j’apprécie les livres depuis quelques années maintenant. Je ne les ai pas (encore) tous lus, mais tous ceux qui me sont passés entre les mains m’ont énormément plu. Je me suis donc lancée dans son dernier roman les yeux fermés, mais quelle ne fut pas ma surprise de découvrir qu’avec cette histoire, l’écrivain change radicalement de style ! Lui qui nous avait habitué à des histoires toujours plus ou moins sentimentales, il nous livre un roman étonnamment dur, sur un sujet choc : la pédophilie au sein de l’église. Ce thème pourrait en rebuter beaucoup, mais je vous invite, si votre sensibilité vous le permet évidemment, à ne pas passer à côté de ce roman, qui sort aujourd’hui en librairie. Explications.

Merci aux éditions JC Lattès et à Netgalley pour cette lecture. 

L’histoire

« Mon Père c’est, d’une certaine manière, l’éternelle histoire du père et du fils et donc du bien et du mal. Souvenons-nous d’Abraham. Je voulais depuis longtemps écrire le mal qu on fait à un enfant, qui oblige le père à s’interroger sur sa propre éducation. Ainsi, lorsque Édouard découvre celui qui a violenté son fils et le retrouve, a-t-il le droit de franchir les frontières de cette justice qui fait peu de cas des enfants fracassés ? Et quand on sait que le violenteur est un prêtre et que nous sommes dans la tourmente de ces effroyables affaires, dans le silence coupable de l’Eglise, peut-on continuer de se taire ? Pardonner à un coupable peut-il réparer sa victime ? Mon Père est un huis clos où s’affrontent un prêtre et un père. Le premier a violé le fils du second. Un face à face qui dure presque trois jours, pendant lesquels les mensonges, les lâchetés et la violence s’ affrontent. Où l ‘on remonte le temps d’avant, le couple des parents qui se délite, le gamin écartelé dont la solitude en fait une proie parfaite pour ces ogres-là. Où l’on assiste à l’histoire millénaire des Fils sacrifiés, qui commence avec celui d’Abraham. Mon Père est un roman de colère. Et donc d’amour. »

Mon avis

!AVERTISSEMENT : CE LIVRE POURRAIT HEURTER LES ÂMES SENSIBLES!

Avec ce roman, Grégoire Delacourt change radicalement de style et nous livre un roman coup de poing, une histoire choc qui ne pourra laisser personne indifférent. Dans ce roman, court mais intense,  l’auteur nous raconte la confrontation entre un père désespéré et celui qui a violé son enfant : le prêtre du village. Durant trois jours, ces deux hommes, dont l’un ne mérite même plus ce nom, vont s’affronter dans une église déserte. L’auteur nous livre donc un huit-clos sous haute tension, un livre que l’on lit en apnée, sans même reprendre son souffle, comme une plongée au plus profond de l’horreur et du mal.

Je ne cache pas qu’il faut avoir le coeur bien accroché pour supporter cette histoire, qui prend aux tripes. Les atrocités subies par la petite victime seront d’ailleurs décrites à un moment, une scène insoutenable qui a manqué de me faire vomir. Je comprendrais très bien que ce livre ne soit pas pour vous et contrairement aux autres romans de Grégoire Delacourt, il n’est pas tout public. Cependant, cette lecture est pour moi nécessaire. Ce n’est pas l’une de celles que l’on aime passionnément, ou qui nous font passer un agréable moment de détente ; c’est une histoire qui suscite chez nous de la haine, tant elle nous confronte à la noirceur du monde. Pourtant, c’est un livre qu’il faut selon moi lire : un livre qui vous change, qui reste gravé en vous bien après la lecture et agira à coup sûr comme un électrochoc. Ce n’est pas un livre que l’on aime, mais un livre nécessaire, comme une claque en plein visage.

Toute cette violence, que l’on découvre peu à peu avec effroi, n’est cependant pas gratuite. Elle est là pour nous démontrer comment, de façon insidieuse, les pédophiles profitent de la détresse d’un enfant pour arriver à leurs fins. Le petit Benjamin, isolé, déprimé par le divorce de ses parents, qui ne reçoit pas assez d’attention, sera une proie parfaite pour le prêtre qui accompagne sa colonie de vacances. Son père Edouard, effaré, veut comprendre : comment a-t-il pu ne pas remarquer ça? Ce roman est très touchant, bouleversant même, car c’est le récit de la douleur d’un père, liée à son sentiment de culpabilité oppressant. Cette douleur est d’autant plus forte qu’Edouard aime son fils de tout son coeur. Il n’a pourtant pas su le protéger… Ce roman comporte un point commun avec les autres livres de l’auteur, dont le registre était nettement plus léger : il parle d’amour, cette fois, l’amour d’un père pour son fils meurtri, qui le rendra prêt à tout pour lui rendre justice.

La plume de Grégoire Delacourt est toujours aussi belle : elle nous pousse à nous mettre à la place de son héros, et l’on s’identifie douloureusement à cet homme confronté à l’indicible, dont la vie va voler en éclats. Le huis-clos alterne avec des flash-backs du temps d’avant, ces moments où Benjamin était encore un enfant insouciant, qui sera détruit à jamais. Le tout rend l’ensemble d’autant plus poignant, et permet à l’auteur de faire passer son message : il dénonce l’hypocrisie de l’Eglise, qui préfère se voiler la face et laisser des pédophiles commettre des crimes en toute impunité. Ce roman est très dur envers l’Eglise, mais aussi envers la religion catholique dans son ensemble, dont l’auteur critique les plus grands principes, qui endoctrinent les gens. Ce roman intense dénonce des valeurs dangereuses, véhiculées par la Bible, que les plus fervents chrétiens suivent jusqu’à l’aveuglement.

La foi est propre à chacun, et vous pourrez très bien ne pas être d’accord avec ces critiques virulentes. Mais la dénonciation de la pédophilie au sein de l’Eglise ne pourra laisser personne de marbre. On découvre un milieu où tout se sait, où les prêtres se dissimulent les uns les autres, où les enfants perdent leur innocence et où les drames se perpétuent de génération en génération, juste par la force du silence. Ce roman courageux nous invite à briser l’omerta, à écouter les victimes, et j’ai d’ailleurs beaucoup aimé le dénouement plein d’espoir par l’auteur. On ne se remet jamais d’un tel drame, mais on peut choisir le bonheur pour la suite, et c’est ce que fera le petit Benjamin, épaulé par sa famille. « Mon père » est un livre choc, à lire absolument si vous vous en sentez capable.

J’ai rencontré Grégoire Delacourt à 3 reprises, car il vient chaque année à la Foire du livre de Bruxelles ! Je vous laisse la photo de la dernière rencontre en date, qui s’est déroulée ce week-end. J’ai donc pu échanger avec lui sur ce nouveau roman. Il faut savoir que la forte personnalité de l’auteur peut être déstabilisante : alors ses livres sont tous pudiques et sensibles, lui est un vrai boute-en-train qui livre un véritable one man show à ses séances de dédicace. C’est toujours un plaisir de le rencontrer, car il me fait à chaque fois bien rire : toute la file en prend pour son grade avec son ironie. Mais il reste malgré tout attentif à ses lecteurs et accueillant. 

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Mon père, par Grégoire Delacourt, aux éditions JC Lattès (2019), 18 euros. 

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