Moi qui croyais te connaître

Quand j’ai reçu le catalogue des parutions Milady, j’ai tout de suite été attirée par le résumé de « Moi qui croyais te connaître », un thriller pas comme les autres, qui nous promettait d’intenses moments de suspense, mais semblait aussi nous donner des pistes de réflexion plus profonde sur le thème du consentement, particulièrement d’actualité en ces temps de #MeToo. Je ne me suis pas trompée, puisque ce thriller m’a captivée de bout en bout ! Cela faisait un moment que je n’avais plus lu de romans à suspense, et je dois dire que cela me manquait, car j’ai lu celui-ci à toute vitesse. En une journée en réalité, ce qui est un record vu sa grosse taille ! Critique.

Merci aux éditions Milady pour cette lecture.

L’histoire 

Holly participe activement à la sensibilisation des jeunes sur le thème du consentement sexuel. Par principe, elle prend le parti des victimes. Avec férocité. Mais quand son fils est accusé de viol par la fille de sa meilleure amie, elle prend sa défense, persuadée qu’il n’est pas coupable. Pendant ce temps, Julia doit venir en aide à sa fille de treize ans, traumatisée et peut-être enceinte.

Tandis que les deux mères tentent de comprendre sur quoi se fonde l’accusation sans impliquer la police, d’autres secrets bien gardés refont surface. Toutes leurs certitudes s’effondrent et leur amitié menace de voler en éclats. Quand l’un des adolescents disparaît, l’histoire prend un tour plus sombre encore. À qui peuvent-elles vraiment se fier ?

Mon avis

Imaginez…Vous êtes une féministe convaincue et vous dédiez votre vie à la sensibilisation au consentement. Bref, a priori la personne idéale pour aider les victimes d’agression sexuelle. Sauf que.. Que feriez-vous si votre enfant, la chair de votre chair, était accusé d’un tel crime? C’est ce qui arrive à Holly, dont tous les principes vont voler en éclats suite à l’accusation de viol, lancée par sa filleule de 13 ans, qui plane sur son fils tant aimé. Comme on dit, les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés.. Pardonnez-moi le jeu de mots, mais une question se pose maintenant pour notre héroïne dévastée: comment concilier principes féministes et instinct de mère? Qui croire : la victime, comme ses convictions la poussent à le faire, ou le suspect, que son coeur de mère ne pense pas capable de faire du mal à qui que ce soit?

Le cas de conscience posé par ce roman m’a passionnée. En tant que féministe convaincue, je me suis moi-même demandé comment je réagirais dans pareille situation. C’est toute la force de ce thriller, roman intelligent qui privilégie la réflexion aux rebondissements trop nombreux, et nous force à remettre en perspective tout ce que nous croyons savoir. J’ai été captivée par le dilemme qui s’impose à Holly, et j’ai ressenti beaucoup d’empathie pour ce personnage tout en nuances, à la psychologie fouillée, dont l’on découvre peu à peu les défauts et les contradictions. Holly n’est d’ailleurs pas le seul personnage à qui je me suis attachée : l’auteure, Penny Hancock, dresse de nombreux portraits tout en finesse et nous pousse à ressentir des sentiments variés pour chacun des personnages, pour qui on ressent tour à tour compassion et agacement. Elle nous démontre que dans la vie, personne n’est tout noir ni tout blanc et nous évite à voir plus loin que les évidences dans une quête acharnée de la vérité..

Ce roman est un suspense pur et dur, psychologique certes, mais il n’en reste pas moins diablement efficace! Je l’ai dévoré en une seule journée : aussitôt commencé, il m’a été impossible de le refermer, tant j’avais besoin de connaître le fin mot de l’histoire. Que s’est-il vraiment passé ce soir-là entre Saffie et Saul? L’enquête, menée par leurs mères respectives, mettra au jour des secrets bien plus vastes et fera remonter à la surface de vielles rancoeurs entre ces deux amies que rien ne semblait opposer jusqu’au drame. Ce roman m’a semblé tout bonnement addictif ! Il s’agit d’un domestic suspense très bien ficelé, qui plaira à ceux qui préfèrent les ambiances sombres et pesantes aux explosions d’hémoglobine. Pour ma part, j’ai été servie en la matière, car cette lecture est un vrai roman d’atmosphère ! Le petit village de la campagne anglaise, où se déroule l’histoire, agit comme un personnage à part entière. C’est un lieu oppressant où tout se sait, et où l’immensité de la nature se fait menaçante. Il ne se passe pas forcément toujours beaucoup de choses, mais cela ne m’a pas empêchée de considérer ce roman comme un page-turner, nous faisant nous creuser les méninges avec intelligence.

Bien que le personnage de Holly soit parfois tentée de renier ses convictions, ce roman est loin d’être anti-féministe, bien au contraire. Il s’agit d’une lecture née à l’ère #MeToo, qui fait la part belle aux femmes ! Nos deux héroïnes, Holly et Julia, sont des mères courageuses, prêtes à tout pour leurs enfants, qui ne se laissent pas marcher sur les pieds et sont parfaitement sensibilisées à la thématique féministe. Ce roman comporte d’ailleurs des rappels utiles sur la notion de consentement, puisqu’il informe sur les zones grises en la matière. Ne pas dire explicitement « non » à un rapport sexuel, est-ce y consentir? Pas du tout, comme nous l’explique ce roman, qui répond avec pertinence et pédagogie à ce problème de société, tout en nous faisant prendre conscience du chemin qu’il reste encore à faire pour sensibiliser nos jeunes. Le personnage de sa fille, jeune fille de 13 ans traumatisée suite à son viol, m’a serré le coeur. J’ai trouvé que l’auteure utilisait les mots justes pour parler du poids qui pesait sur la jeune victime et par ricochet, sur sa famille dévastée. Avec un tel sujet, difficile d’éviter la caricature, mais Penny Hancock y arrive avec brio tant la description des tourments de Saffie m’a semblé réaliste. Heureusement, cette jeune fille a des gens vers qui se tourner et l’auteure en profite pour nous rappeler l’importance de la libération de la parole !

Bref, plus qu’un thriller ordinaire, « Moi qui croyais te connaître » est un passionnant suspense psychologique abordant des sujets complexes, comme le consentement, avec finesse, pertinence et psychologie. Au-delà de l’enquête, aussi palpitante soit-elle, ce que je retiendrai surtout de ce roman féministe, c’est la qualité des portraits de femmes, parfaitement fouillés. Je ne peux que vous recommander cette lecture des plus addictives tout en restant très intelligente !

Moi qui croyais te connaître, par Penny Hancock, aux éditions Milady, collection Suspense (2019), 19 euros 50. 

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