Les rêveurs

Sans pour autant être une fan, je connaissais l’actrice Isabelle Carré pour l’avoir vue au fil des années dans de nombreux films français. Je ne m’étais jamais vraiment intéressée à sa vie, mais son oeuvre cinématographique m’était plutôt familière. La sortie de ce premier roman en janvier 2018 a néanmoins piqué ma curiosité. J’étais curieuse de découvrir cette autofiction sur sa vie, d’autant plus que les échos étaient plutôt positifs, notamment de la part de Tatiana de Rosnay, auteure que j’aime beaucoup. Mais les choses étant ce qu’elles sont, je n’ai pas toujours l’occasion de lire tous les livres qui m’intéressent. Je suis donc très heureuse d’avoir pu bénéficier d’une séance de rattrape grâce au Livre de Poche, qui m’a fait parvenir cet ouvrage dans le cadre de la sélection de juin de son Prix des Lecteurs Littérature. Verdict.

Merci aux éditions Le Livre de Poche pour cette lecture reçue dans le cadre de la sélection de juin du Prix des Lecteurs Littérature.

L’histoire

« On devrait trouver des moyens pour empêcher qu’un parfum s’épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux qui, grâce à un flacon acheté dans un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mère, d’une maison, d’une époque bénie de leur vie, d’un premier amour ou, plus précieuse encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance… »

Quand l’enfance a pour décor les années 70, tout semble possible. Mais pour cette famille de rêveurs un peu déglinguée, formidablement touchante, le chemin de la liberté est périlleux. Isabelle Carré dit les couleurs acidulées du moment, la découverte du monde compliqué des adultes, leurs douloureuses métamorphoses, la force et la fragilité d’une jeune fille que le théâtre va révéler à elle-même.

Mon avis 

Dans ce roman aux airs d’autobiographie, Isabelle Carré se livre sur la fragilité qui est la sienne, mais surtout sur sa famille pas comme les autres. « Les rêveurs » est un livre assez touchant, une déclaration d’amour pudique à ces rêveurs qui l’ont vue grandir. L’auteure nous replonge dans l’ambiance si particulière des années 70, qui sont décrites avec moult détails, et nous fait partager son éducation par des parents un peu baba cool, soixante-huitards, mais remplis de névroses. Son père, par exemple, finira par révéler son homosexualité longtemps tenue secrète, alors que sa maman, elle, ne s’est jamais remise d’avoir été abandonnée par son premier amour lorsqu’elle était enceinte.

C’est toute une galerie de personnages attachants mais ô combien pétris de contradiction que l’auteure nous brosse. Elle nous dépeint la vie de ses parents, avec beaucoup de bienveillance et une plume très poétique qui fait mouche. J’ai pensé à Delphine de Vigan pour la beauté des phrases, pour cette manière si singulière de mettre des mots sur les maux, d’exorciser les fêlures par la littérature. Cette comparaison se justifie : comme l’auteure de « Rien ne s’oppose à la nuit », Isabelle Carré écrit ici pour apprivoiser l’histoire de sa famille. Elle ne prétend pas retranscrire les évènements tels qu’ils se sont produits, mais uniquement tels qu’elle les a perçus, n’hésitant pas à combler les trous par son imagination de romancière en devenir (d’où le terme d’autofiction). Et cette romancière est très douée ! Dans ce roman, Isabelle Carré, dont la qualité du jeu d’actrice n’est plus à prouver (elle a déjà reçu un César et navigue entre films d’auteur et films plus grand public depuis de nombreuses années), ajoute une autre corde à son arc et nous permet d’apprécier pleinement toute la sensibilité que l’on devinait déjà sous sa douceur d’ « émotive anonyme » (pour reprendre le titre de l’un de ses films).

Si vous espérez découvrir comment Isabelle Carré est devenue actrice ou entendre des anecdotes croustillantes sur ses célèbres collègues, passez votre chemin. Ce livre ne raconte pas la vie d’une célébrité, mais uniquement celle d’une adolescente paumée, qui se cherche et se perd parfois, en l’absence de repères qui ne lui sont pas réellement offerts par sa famille aimante mais fantasque. J’ai trouvé très touchant le destin de cette jeune fille à fleur de peau, qui trouvera finalement son salut dans le théâtre, mais aussi celui des autres membres de la famille Carré, que nous suivons tour à tour dans leurs errances. L’auteure nous parle à mots couverts et avec délicatesse des drames vécus par cette famille de rêveurs qui peinent à s’intégrer au monde réel. J’ai beaucoup aimé la façon dont elle décrit ses personnages, nous les rendant véritablement attachants malgré leurs défauts. J’ai particulièrement été émue par le destin de sa mère, abandonnée de tous car enceinte en dehors du mariage, à une époque où tous les milieux n’étaient pas encore concernés par la libération des moeurs survenue suite à mai 68.

Malheureusement, il y a un gros bémol… Si j’ai dans l’ensemble apprécié ce livre, je le trouve cependant assez inégal, et je vous l’annonce déjà : je ne pense pas lui accorder mon vote ce mois-ci. Cette histoire ne manque pas de qualités, que je viens toutes d’exposer, mais celles-ci ne sont pas parvenues à me faire oublier son rythme décousu, qui m’a profondément déroutée. L’auteure passe du coq à l’âne, ne respecte pas l’ordre chronologique, et nous promène d’avant en arrière dans le temps de façon un peu abrupte, sans ménager de véritables transitions. Cet aspect décousu est assumé par l’auteure, qui dit, dans l’un des derniers chapitres, avoir voulu retranscrire dans son écriture le désordre qui régnait en permanence au sein de cette famille qui ne s’embarrassait pas des conventions. Cette explication, aussi convaincante soit-elle, n’est pas parvenue à me faire oublier ma sensation désagréable d’avoir été perdue en chemin par ce roman prometteur, mais hélas devenu un peu lassant. S’il vous intéresse, je vous invite cependant à le découvrir, pour vous en faire votre propre avis mais surtout pour pouvoir apprécier à votre tour la beauté de la plume de l’auteure, dont je serais curieuse malgré tout de lire les prochains romans, si elle décide de continuer dans cette voie.

Voici une photo de ma rencontre avec l’actrice et comédienne lors du salon Livre Paris en mars, où j’étais allée lui souhaiter bonne chance pour le Prix des Lecteurs. Isabelle Carré s’était montrée très accessible à cette occasion.

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Les rêveurs, par Isabelle Carré, aux éditions Le Livre de Poche (2019), 7 euros 70. 

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