Dans les coulisses des éditions Dupuis #1 : Interview d’Obion, auteur de « Mamma Mia »

Je reviens sur ce blog après une longue absence due à une période de vacances. Je suis en plus en forme que jamais et prête à  vous proposer la première interview d’une nouvelle série, « Dans les coulisses des éditions Dupuis ». J’ai la chance d’avoir été invitée par la célèbre maison d’édition de BD à me rendre au « Festival Spirou », évènement annuel qui se tient durant un week-end à Bruxelles (c’était du 13 au 15 septembre). Durant ce salon où la BD est mise à l’honneur, j’ai pu rencontrer plusieurs auteurs de la maison d’édition et échanger avec eux au sujet de leur travail et des coulisses de fabrication d’une bande-dessinée. Si vous êtes intéressés par l’univers du 9ème art, je vous donne rendez-vous chaque semaine pour une nouvelle interview (il y en aura 3 au total). La première est celle d’Obion, que j’ai questionné au sujet de sa super chouette saga « Mamma Mia », dont j’avais déjà lu et chroniqué le premier tome : La famille à dames (Mamma Mia! #1)

1. Bonjour Obion et merci de prendre le temps de répondre à mes questions. Avant toute chose, pourriez-vous présenter en quelques mots votre nouvelle saga «Mamma Mia » pour la faire découvrir à mes lecteurs ?

C’est l’histoire d’une petite fille, de sa maman, de sa grand-mère et de son arrière-grand mère qui sont amenées à vivre sous le même toit. Forcément, cela amène des conflits de génération. Il y a beaucoup d’amour entre elles, mais aussi d’incompréhensions, car elles ont des approches différentes de la vie.

2. Comment êtes-vous devenu illustrateur de BDs? Quel fut votre parcours pour en arriver jusque là?

Depuis enfant, j’ai toujours voulu être dessinateur de bande-dessinée. Quand j’étais tout petit, dans le milieu familial, on me disait que je dessinais bien. Mais ça ne suffit pas pour en faire un métier, il faut aussi beaucoup de boulot. Pendant des années, je ne me suis pas forcément orienté vers un métier bien précis qui me permettrait de réaliser ce rêve. J’attendais juste que ça arrive, mais ça n’arrive pas tout seul, forcément. Pour mes études, je suis allé aux Beaux-Arts, mais je n’étais pas du tout spécialisé en bande dessinée. Dans l’école où j’étais, c’était même un gros mot de dire qu’on voulait faire de la BD. J’ai donc appris en autodidacte, à côté, en rencontrant des auteurs, comme par exemple Jean-Claude Fournier qui m’a reçu à son atelier pour regarder mes planches et me donner des conseils. Petit à petit, j’ai créé un fanzine avec des copains des Beaux-Arts qui s’appelait « Le Violon Dingue ». On a commencé à faire nos premières pages en tant qu’amateurs, puis on a eu nos premiers accès à des festivals sur des stands de fanzines. Et c’est comme ça que petit à petit, les premiers projets sont arrivés.

3. Que préférez-vous dans ce métier ? À l’inverse, quels sont les défis les plus compliqués à relever ?

J’aime beaucoup de choses dans ce métier. Quand je me lève le matin en me disant que je vais passer la journée à raconter des histoires, je suis heureux. J’aime partager des histoires les scénaristes, qui sont souvent des copains. En effet, la plupart du temps, je choisis pour collaborateurs des gens avec qui je m’entends déjà bien à la base. Créer des histoires ensemble, c’est comme un jeu.

Ce que j’aime le moins, c’est la routine. C’est-à-dire que, entre les différents projets sur lesquels je travaille, j’aime changer de technique, d’univers…Je prends moins de plaisir à dessiner les mêmes choses en boucle. Je sais qu’il y a quelques décennies, c’était ce que faisait un auteur de bande-dessinée.  Dès qu’il avait un succès, il fallait qu’il continue sa série à vie et du coup, il dessinait « Boule et Bill » ou « Lucky Luke » en permanence. C’est vraiment ce que je ne veux jamais avoir à faire. Ça me fait peur. Même si ça doit être agréable de maîtriser complètement un univers, j’ai besoin de chercher, d’essayer des choses.

4. Comment le projet de « Mamma Mia » est-il né? Qui est à l’origine de cette idée?

C’est Lewis Trondheim qui a eu cette idée au départ. Nous avions déjà travaillé ensemble plusieurs fois, et notamment sur un épisode de la série « Donjon », qui est une saga d’heroic fantasy avec des monstres dans tous les sens. C’est super ludique à raconter, puisque pour le coup, il n’y a pas de routine. Quand il m’a dit qu’il avait un nouveau projet à me proposer, j’étais très content qu’on retravaille ensemble parce qu’on s’apprécie. Mais j’ai été très surpris quand il m’a expliqué son idée. Au début, j’ai cru qu’il plaisantait, tellement c’était éloigné de notre zone de confort. Pourtant, petit à petit, nous avons commencé à y réfléchir et assez rapidement, on s’est vraiment attachés aux personnages. On s’est rendu compte que l’on pouvait raconter cette histoire en y insérant notre humour un peu grinçant, que l’on pouvait mettre de nous dans ces personnages qui semblaient au premier abord assez éloignés de notre univers.

5. Comment s’est déroulée la collaboration avec le scénariste Lewis Trondheim? Quelle est votre organisation lorsque vous travaillez ensemble ?

Sur ce projet, Lewis commence par scénariser. Il m’envoie au fur et à mesure des pages de scénario déjà découpé et mis sous forme de storyboard, puisqu’il est également dessinateur. Cependant, il est assez ouvert à la discussion. Nous en discutons ensemble si je ne comprends pas le gag ou si je trouve qu’une autre fin pourrait être plus drôle. De temps en temps, on se lance des petits défis. Il m’a par exemple demandé : « Qu’est-ce qui est pénible à dessiner pour toi? ». Je lui ai répondu que ce qui était à mes yeux le plus long et pénible à dessiner, c’était la casse de voiture et le vide grenier. Il m’a donc proposé des scénarios se déroulant dans ces lieux ! Après avoir dessiné ces histoires, ce qui prend beaucoup de temps et d’énergie, je lui ai dit : « J’aimerais une page ou deux qui se passe dans le brouillard pour me reposer », et c’est ce qu’il m’a proposé. Il y a un petit jeu entre nous tout au long de l’élaboration, c’est assez marrant.

6. Ce que j’ai aimé dans votre BD « Mamma Mia », c’est son côté intergénérationnel. Les gags feront sans aucun doute rire les enfants, tandis que d’autres passages plus graves sauront toucher les adultes. Aviez-vous dès le départ en tête cette envie de parler à chaque génération et d’aborder des sujets d’actualité, comme le chômage ?

Le côté intergénérationnel était dès le départ à la base du projet. Quant aux sujets abordés, ils nous sont imposés par les personnages. Nos personnages vivent, et c’est eux qui nous imposent un peu le ton à adopter.

7. Avec Lewis Trondheim, vous êtes-vous inspirés de personnes de votre entourage pour donner vie à ces 4 femmes hautes en couleur ? Y-a-t-il du vécu dans certaines anecdotes?

Visuellement, je ne me suis pas du tout inspiré de personnes de mon entourage. J’ai vraiment réfléchi aux personnages et essayé de leur donner des caractéristiques physiques différentes. Mais j’y ai forcément mis du vécu, des traits de caractère qui viennent d’observations ou personnes de mon entourage – pas forcément des femmes d’ailleurs !

8. Quelle est votre personnage préféré parmi les 4 héroïnes de l’histoire ?

Je pense que c’est Sophie, la grand-mère, parce qu’elle est bourrée de défauts, mais je la trouve attachante. Elle me fait penser à Lewis.

9. En tant que lecteur, quel est votre dernier coup de coeur BD?

J’ai beaucoup aimé « Trap », la dernière bande-dessinée de Mathieu Burniat. Il s’agit de l’histoire muette d’un homme qui récupère les pouvoirs des animaux qu’il dépèce et dont il endosse la fourrure. C’est très graphique, c’est muet. J’ai trouvé ça très malin et bien raconté.

10. Quels sont vos futurs projets? Pouvez-vous en particulier nous en dire plus sur le tome 2 de « Mamma Mia »?

J’ai un album, « Star Fiction », qui va sortir en novembre chez Fluide Glacial, dans un univers très différent, beaucoup plus adulte que « Mamma Mia ». C’est l’histoire d’un producteur de science-fiction dans les années 70 aux Etats-Unis qui est au bord de la faillite. Ses films n’ont pas du tout marché, et son banquier le met en garde en disant : « Soit vous trouvez le projet bankable qui vous sort la tête de l’eau, soit vous êtes bon à tourner des pornos minables pour régler vos dettes ». Il est un peu désespéré, et à ce moment-là, il rencontre, presque par miracle, George Lucas qui vient lui proposer le scénario de « Star Wars ». Il le lit, mais n’a pas du tout le nez creux et décide d’en faire un porno minable dans le dos de Lucas qui, tout au long de l’album, ne s’en rend pas compte.

Lewis et moi avons un autre projet commun, avec aussi  Pascal Jousselin et Nob, avec qui nous avions déjà réalisé « L’Atelier Mastodonte », une série chez Dupuis. Nous avons quasiment terminé le tome 1, mais nous ne savons pas trop quand il sortira, ce n’est pas pour tout de suite.

Pour ce qui est de « Mamma Mia », nous avons commencé de rédiger le tome 2, dont la moitié a déjà été publiée dans « Le Journal de Spirou ». Je pense que l’album devrait sortir au printemps prochain. Nous n’avons pas trop de plan pour la suite de la série. Nous sommes contents de développer cet univers, mais nous ne savons pas trop combien d’albums nous allons faire.

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