Dans les coulisses des éditions Dupuis #2 : Interview de Carbone, autrice de « La boîte à musique » et « Dans les yeux de Lya ».

Je vous retrouve aujourd’hui pour le deuxième article d’une série de 3 intitulée « Dans les coulisses des éditions Dupuis ». J’ai eu la chance d’avoir été invitée par la célèbre maison d’édition de BD à me rendre au « Festival Spirou », évènement annuel qui s’est tenu durant un week-end à Bruxelles (c’était du 13 au 15 septembre). Durant ce salon où la BD est mise à l’honneur, j’ai pu rencontrer plusieurs auteurs de la maison d’édition et échanger avec eux au sujet de leur travail et des coulisses de fabrication d’une bande-dessinée. Si vous êtes intéressés par l’univers du 9ème art, ces rendez-vous sont donc à ne pas manquer ! Vous pouvez  lire ou relire ma première interview juste ici : j’avais questionné Obion sur sa série « Mamma Mia ».

Cette semaine, je vous livre un long article dans lequel je reviens sur mon échange avec Carbone, scénariste de BD très populaire auprès des plus jeunes depuis le succès instantané de sa série best-seller « La boîte à musique », dont le premier tome est sorti en début d’année 2018. Cette dame, très bavarde et particulièrement sympathique, se confie aujourd’hui sur la suite des aventures de Nola (le 3ème tome de « La boîte à musique » sort dans une semaine tout pile!), ainsi que sur son autre héroïne, Lya.

Bonjour Carbone et merci de prendre le temps de répondre à mes questions. Avant toute chose, pouvez-vous présenter en quelques mots vos 2 sagas, «Dans les yeux de Lya » et « La boîte à musique », à mes lecteurs?

J’ai tout d’abord publié la série « La boîte à musique », qui se compose pour l’instant de 3 tomes : « Bienvenue à Pandorient », « Le secret de Cyprien » et enfin, « À la recherche des origines », qui va bientôt arriver. C’est l’histoire d’une petite fille, Nola, qui vient de perdre sa maman. Elle reçoit pour ses 8 ans une boîte à musique lui ayant appartenu. Elle découvre alors qu’un univers entier, le monde de Pandorient est caché à l’intérieur de cette boîte à musique.

« Lya » se passe dans un univers complètement différent, puisque c’est l’histoire d’une jeune fille renversée par un chauffard, qui s’est enfui en la laissant pour morte sur le bord de la route. Elle va découvrir par hasard que quelqu’un a acheté le silence de ses parents. Elle va donc mener l’enquête pour essayer de savoir qui est celui qui l’a renversée. Cette série sera un triptyque. Le tome 2 sortira en janvier et l’année d’après, le tome 3 viendra clôturer ce premier cycle.

Comment êtes-vous devenue scénariste de BD? Quel a été le déclic qui vous a poussé à vous lancer dans le 9eme art ? (Question possible pour rebondir : en quoi l’écriture d’un scénario est-elle différente de celle d’un roman ?)

Tous les chemins mènent à la BD ! Quand je parle avec mes collègues scénaristes, on se rend compte que nous avons tous des parcours différents. Le mien est assez atypique. Je n’avais jamais prévu d’écrire un jour quoi que ce soit. Jusqu’à l’année dernière, mon « vrai » métier, c’était enseignante en maternelle, mais cela faisait une dizaine d’année que j’écrivais en parallèle, pour la jeunesse. J’ai fait beaucoup d’albums, du parascolaire, des romans ados.. Finalement, je me suis rendue compte que ce support n’était pas celui qui me plaisait le plus. J’aime écrire des histoires longues, mais j’aime aussi que ça aille vite. Un jour, j’ai donc essayé à me mettre à un autre support : le scénario de BD. C’est finalement ce qui me correspond le mieux ! On peut dire que je suis arrivée dans le monde de la BD par le plus grand des hasards.

En quoi l’écriture d’un scénario est-elle différente de celle d’un roman ?

Jusqu’au synopsis, c’est exactement la même chose, mais après, c’est le support qui diffère. Pour un roman, il va falloir tout décrire : les personnages, leurs vêtements, leurs pensées, l’environnement dans lequel ils vivent… Dans une BD, par contre, je ne dois me concentrer que sur le déroulé de l’histoire. Je vais indiquer au dessinateur le décor, mais dans les grandes lignes. Je n’ai plus besoin de créer de longues et très jolies phrases, d’écrire de très longs paragraphes. Pour moi, c’est le bon compromis !

Comment se passent les collaborations avec les illustrateurs? Travaillez-vous de la même manière avec Gijé pour « La boîte à musique » qu’avec Justine Cunha pour «Lya»?

En BD, chaque binôme scénariste/illustrateur fonctionne d’une manière différente. Souvent, au départ, on ne se connaît pas. Pour ma part, je découvrais complètement le monde de la BD. C’était aussi le cas pour Jérôme (Gijé) et Justine (Cunha) puisque c’était leur première bande-dessinée. On se découvre et on apprend petit à petit à travailler ensemble. J’ai une manière de travailler assez particulière, puisque j’écris le synopsis de manière très visuelle. Lorsque j’écris, je réalise une première position de découpage en cases, si bien que le dessinateur sait où doivent se placer les personnages de la BD. Bien que certains illustrateurs préféreraient sans doute avoir plus de liberté,  pour Jérôme et Justine, qui commençaient, cela a été une aide parce qu’ils ne devaient pas tout imaginer. Après, s’ils voient la planche différemment, on peut en discuter. Je n’ai aucun souci avec ça, du moment que mon scénario et mes textes sont respectés!

Notre collaboration se passe super bien, parce que nous pouvons toujours discuter. Mes illustrateurs m’indiquent quand je n’ai pas été assez précise. Ensemble, on affine des choses, on échange des idées, ils peuvent me faire des suggestions pour améliorer une scène. Par exemple, j’avais imaginé une scène où la petite Nola, paniquée, se saisissait d’un couteau. Gijé m’a dit : « Ce ne serait encore plus drôle si c’était une cuillère? ». J’ai adoré son idée. Nous sommes toujours dans une optique de partage, on s’amuse beaucoup ensemble ! C’est important que les dessinateurs prennent du plaisir à concevoir la BD, parce qu’ils vont quand même passer quelques mois dessus. Moi, ça va, je mets 3 semaines/1 mois à écrire un scénario, mais eux passent beaucoup plus de temps avec les personnages et les planches, alors il faut que ça leur plaise.

Que préférez-vous dans votre métier de scénariste ? Au contraire, quelle est la partie du travail que vous redoutez le plus?

Pour le moment, il n’y a aucun point négatif pour moi dans ce métier! J’ai eu beaucoup de chance d’être accueillie dès mes débuts par l’équipe des éditions Dupuis, qui est formidable. Ils m’accompagnent du début jusqu’à la fin lors de l’élaboration d’une BD. Je trouve cette aventure un peu magique.

Vos séries de BDs sont des sagas qui se découpent en plusieurs tomes. Aviez-vous la totalité du scénario en tête avant de vous lancer, ou bien improvisez-vous la suite au fur et à mesure des tomes ?

Non, je ne connais pas du tout la suite lorsque je commence à écrire ! Cela dépend tout de même des cas. « Dans les yeux de Lya » étant un triptyque, je savais dès le départ que je devrais développer mon histoire sur 3 tomes et j’avais le gros de l’histoire en tête. Par contre, pour « La boîte à musique », les choses se sont passées différemment. On a signé tout de suite, et je n’avais pas encore de tome 2 en tête. Je n’avais pas du tout imaginé de suite et j’ai dû improviser.

Très clairement, quand j’écris, je ne sais pas trop où je vais. Cela ne me fait pas du tout paniquer, parce que cela me permet aussi d’être souple et de rebondir par rapport aux retours des lecteurs. Lorsque le tome 1 de « La boîte à musique » est sorti, nous étions en train d’élaborer le 2ème et en dédicaces, nous avons eu beaucoup de retours de lecteurs, qui nous faisaient part de leurs attentes. Ils voulaient en savoir plus sur la maman de Nola. Au départ, je me moquais un petit peu de ce qui lui était arrivé, je n’avais pas du tout prévu de me pencher là-dessus, mais j’ai compris que les lecteurs, eux, avaient besoin de le savoir. Il y a donc 2 planches que j’ai complètement échangées. J’ai zappé tout un passage pour essayer de répondre un peu à cette questions des lecteurs. Je me rends compte aujourd’hui que dans chaque tome, j’ai semé plein de petites graines, dans lesquelles je peux piocher à ma guise  pour concevoir la suite des aventures. Maintenant, j’ai en tête une ligne directrice pour « La boîte à musique », mais pour ce qui est des intrigues secondaires, je les élabore au fur et à mesure. Le personnage de l’Octopodus, par exemple, reviendra dans le tome 4, parce que je sais que c’est un personnage que les lecteurs ont beaucoup aimé. Je me sers de leurs demandes, et je pense que si j’avais eu en tête une histoire déjà bien arrêtée, cela n’aurait pas été possible.

La saga « Lya », aux airs de thriller, met en scène une jeune fille prête à tout pour découvrir la vérité. Comment vous est venue l’idée « d’écrire une BD à suspense? Quelles ont été vos sources d’inspiration en la matière (BDs,romans, films..)?

Le thriller, c’est mon univers! Ce n’était pas le cas du tout pour le  côté fantastique qui caractérise « La boîte à musique » et qui est venu à la demande de mon éditrice et du dessinateur. Avant « Lya », j’avais écrit « Les Zindics anonymes », une autre série qui repose sur des enquêtes policières. Le roman policier, c’est ce que j’aime ! Je suis une grande lectrice d’Agatha Christie, de polars et de thrillers. Je préfère aussi les séries policières aux séries médiévales ou fantastiques. C’était pour moi une évidence que cette passion se retrouve dans mes livres. Mais, en même temps, la série « Dans les yeux de Lya » est née complètement par hasard ! Tout est parti d’un dessin que Justine avait posté sur les réseaux sociaux, et qui représentait une jeune fille assise de profil, que j’ai tout de suite imaginée dans un fauteuil roulant.

Lya est une jeune héroïne paraplégique. Était-ce important pour vous mettre de mettre le thème du handicap et de la différence en évidence ?

Je n’avais pas de volonté consciente d’aborder le thème du handicap. Je ne me suis pas dit un jour : « Maintenant, je veux écrire sur une héroïne handicapée ». Je suis juste tombée sur le dessin de cette jeune fille, je l’ai aussitôt imaginée dans un fauteuil et j’ai commencé à cogiter. Comment est-elle arrivée là? A-t-elle eu une maladie, accident? C’est comme ça que l’idée de la trame m’est venue. On peut dire que le thème du handicap m’a été inspiré par l’illustration de Justine, il s’est en quelque sorte imposé à moi. Cet aspect sera d’ailleurs beaucoup plus présent dans le tome 3, où je vais vraiment expliquer les contraintes qui sont imposées à Lya par son handicap. Avec Justine, on a été un peu étonnées quand on a appris qu’il n’existait aucune autre BD mettant en scène une héroïne handicapée.

Changement d’univers.. Parlons maintenant de « La boîte à musique », votre autre saga, qui nous emmène dans un monde enchanté et parallèle au nôtre, Pandorient. Comment avez-vous eu l’idée de donner vie à cet univers fantasmagorique ?

Là aussi, tout est parti d’un dessin en sépia que Jérôme avait posté sur les réseaux sociaux dans le cadre du Inktober. Il représente une petite fille qui souffle ses bougies et qui est seule avec un monsieur qu’on imagine être son papa. Le portrait d’une femme est présent en arrière-plan, probablement celui de sa maman. Je me suis alors posée beaucoup de questions. Pourquoi est-ce que cette maman est absente? Si cet homme était séparé ou divorcé, il n’aurait pas forcément affiché une photo de son ex en grand dans la cuisine. Ça veut donc dire que cette maman n’est plus là, qu’elle a disparu. Que lui est-il arrivé? L’avantage d’être scénariste, c’est que l’on peut réfléchir n’importe où, n’importe quand. Moi, j’étais en train de faire mon repassage et je n’arrivais pas à me sortir cette image de la tête. L’histoire se déroulait toute seule dans mon esprit, j’étais partie.

Quand Jérôme et moi avons envoyé le projet à la maison d’édition, nous étions déjà en binôme. Nous avions élaboré un dossier ensemble, avec un scénario et des dessins. À ce moment-là, on concevait le monde de Pandorient comme une vision miniature de notre monde. L’aspect fantastique était déjà bien présent : un monde dans une boîte à musique, ce n’est pas très réaliste ! C’est seulement après que l’éditrice et Justine ont voulu aller plus loin. Ils ont suggéré que ce monde soit peuplé de monstres, Jérôme avait très envie de dessiner des bébêtes bizarres. Je n’étais pas sûre d’arriver à construire une histoire totalement fantastique. J’étais très éloignée de ma zone de confort, moi qui aime la logique et les récits policiers plutôt carrés. J’ai décidé de relever le défi. J’ai juste changé l’apparence des personnages, sans perdre mon fil conducteur pour autant. J’avais peur que tout soit trop codifié, de devoir respecter les codes de la féérie et de ne pas être libre de mes mouvements. Finalement, comme cette histoire se déroulait dans un monde que j’inventais de toutes pièces, j’ai pu faire faire aux personnages tout ce que je voulais ! Maintenant, avec le recul, je pense que ce côté fantastique est un vrai plus pour la BD.

À laquelle de vos héroïnes vous identifiez-vous le plus : Lya ou Nola? Et pourquoi?

Je mets un peu de moi dans chacun de mes héros, mais je ne m’identifie pas forcément à l’un d’entre eux en particulier.

 Votre actualité, c’est la sortie prochaine du tome 3 de « La boîte à musique », qui sera en librairies le 4 octobre. Que pouvez-vous déjà nous révéler au sujet de cette suite ?

Dans ce tome, nous allons essayer de répondre à des questions fondamentales sur l’univers de Pandorient que nous avons découvert dans le tome 1. Sans spoiler, je peux vous dire que vous allez apprendre plein de choses !

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Me voici en compagnie de Carbone et de son complice Gijé, illustrateur de la série « La boîte à musique »!

2 commentaires sur “Dans les coulisses des éditions Dupuis #2 : Interview de Carbone, autrice de « La boîte à musique » et « Dans les yeux de Lya ».

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