Dans les coulisses des éditions Dupuis #3 : Interview de Goum, illustrateur de « Comme des bêtes »

Je vous retrouve aujourd’hui pour le troisième et dernier article d’une série intitulée « Dans les coulisses des éditions Dupuis ». J’ai eu la chance d’avoir été invitée par la célèbre maison d’édition de BD à me rendre au « Festival Spirou », évènement annuel qui s’est tenu durant un week-end à Bruxelles (c’était du 13 au 15 septembre). Durant ce salon où la BD est mise à l’honneur, j’ai pu rencontrer plusieurs auteurs de la maison d’édition et échanger avec eux au sujet de leur travail et des coulisses de fabrication d’une bande-dessinée. Si vous êtes intéressés par l’univers du 9ème art, ces rendez-vous sont donc à ne pas manquer ! Vous pouvez  lire ou relire ma première interview juste ici: j’avais questionné Obion sur sa série « Mamma Mia ». La seconde est à lire ici : vous y apprendrez plus sur Carbone, scénariste entre autres de la superbe saga « La boîte à musique ».

Cette semaine, pour ce dernier opus, je reviens pour vous sur mon échange avec le super sympa Goum. Cet illustrateur, rigolo et détendu lors de notre conversation, est derrière l’adaptation en BD de la série de dessins-animés « Comme des bêtes ». Le premier tome est sorti en juillet, et le second arrive très bientôt – le 8 novembre, précisément.

 Bonjour Goum et merci de prendre le temps de répondre à mes questions. Avant toute chose, pourriez-vous présenter en quelques mots votre ouvrage « Comme des bêtes » aux lecteurs de mon blog ?

C’est l’adaptation du dessin-animé de Illumination, on y retrouve donc les mêmes personnages. Cette BD, comme le film, raconte la vie secrète de nos animaux de compagnie. On s’intéresse à ce qu’ils font quand leurs maîtres ne sont pas chez eux. Le premier tome se déroule intégralement dans la ville de New York, tandis que le deuxième tome, qui correspond plus ou moins au deuxième film, comporte aussi quelques scènes dans la campagne.

 Comment êtes-vous rentré dans le monde de la BD ? Quel est le parcours qui vous a mené jusqu’au 9eme art ?

J’ai commencé chez Dupuis. Je faisais des petits strips pour le magazine Spirou. Là-bas, j’ai rencontré mon premier complice : David Boriau, qui est le scénariste avec qui je travaille le plus souvent. Lorsque je l’ai rencontré, on a tout de suite sympathisé. Comme moi, il s’était récemment fait jeter d’un projet. Comme nos projets n’étaient pas spécialement pris chez Dupuis, on est passés chez Casterman où l’on a présenté plusieurs projets. L’un d’entre eux, « Passage secret », a été pris, dans la collection KSTR, qui publie des gros albums de 130 planches. Par la suite, nous avons tous les deux changé de maison d’édition : nous avons publié un autre album, « Harlem sur la route du diable », chez Physalis. Ensuite, j’ai un peu quitté le monde de la BD. J’ai fait de la pub, du dessin-animé, j’ai travaillé en maison de production. Je suis revenu en BD il y a peu de temps avec « Comme des bêtes », mais aussi l’adaptation du « Marsupilami », un ouvrage collectif paru chez Dupuis.

 Comment le projet de « Comme des bêtes » est-il né? Qui a été à l’origine de cette idée ?

L’idée provient de l’éditrice, Laurence Van Tricht. Comme elle trouvait que mon style collait assez bien avec le dessin-animé, elle m’a proposé de l’adapter. De toutes les adaptations que l’on aurait pu me filer, je pense que c’est celle-ci qui me convient le mieux, car il n’y a jamais moyen de s’ennuyer en dessinant cette BD, car le travail très varié. On suit plein de personnages différents, on ne se centre pas sur l’un d’entre eux en particulier. Cela me permet de représenter plusieurs environnements différents. Je me serais peut-être plus vite ennuyé sur « Les Minions », par exemple. Dessiner des capsules jaunes pendant une éternité, cela aurait peut-être fini par me saouler ! (Rires). Mais le projet « Comme des bêtes », par contre, je le trouve vraiment top. Je remercie l’éditrice de me l’avoir confié. Bizarrement, j’ai trouvé ça super agréable de faire une adaptation d’un univers déjà connu. Je ne m’attendais pas à ce que boulot me plaise autant !

 Créer une bande dessinée inspirée d’un film, ça doit être un sacré défi.. Comment avez-vous procédé ? Avez-vous d’abord visionné les 2 dessins-animés des studios Illumination pour trouver des idées ou avez-vous au contraire préféré éviter de les voir pour ne pas être trop influencé ?

Lorsqu’on m’a proposé ce boulot, j’avais déjà vu le premier film. Je l’avais apprécié, j’ai bien adhéré malgré quelques petits défauts. Pour l’adaptation, on nous a filé très peu de matériel, on n’avait pratiquement rien à notre disposition pour nous inspirer. Ils ne voulaient pas que l’on ait accès aux bibles graphiques du film. J’ai dû procéder par moi-même, et j’ai passé beaucoup de temps à faire des captures d’écran du film. Cela m’a permis d’obtenir des informations précieuses, notamment sur les décors. J’ai dû presque reconstituer moi-même tous les intérieurs des appartements que l’on voit dans le film, sur base des captures d’écran. Pour le 2, c’était encore pire : on n’avait aucune base graphique sur laquelle s’appuyer. Mais le plus grand défi dans ce travail, c’est d’adapter en 2D un dessin-animé qui est à la base en 3D. J’ai voulu donner aux personnages un côté plus cartoon que dans le film.

 Comment s’est déroulée votre collaboration ? Quelle est votre organisation lorsque vous travaillez ensemble ?

Notre organisation est très simple. Il a commencé plus tôt que moi, il a créé les histoires l’une après l’autre, puis après, j’ai embrayé et je me suis lancé dans le processus. J’ai commencé à travailler sur les dessins quand il en était à peu près à la 20ème planche du scénario. Nous n’avons pas trop échangé par rapport aux idées, même s’il lui est arrivé de me demander quelques conseils à certains moments. Je lui aussi proposé parfois quelques petites modifications, mais ce n’était pas super fréquent. En fait, nous n’étions pas souvent ensemble pendant la réalisation de la BD.

 Avez-vous vous-même des animaux de compagnie ? Vous êtes-vous inspirés d’eux pour concevoir les gags de l’album ?

J’ai deux chiens, alors que Lapuss, lui, est plus attiré par les chats. Dans le premier tome, il a beaucoup développé le personnage d’Ozone, le chat sans poils, parce que c’est avec les chats qu’il a le plus d’affinités. Moi qui adore les chiens, j’avais envie de plus en dessiner, c’est quelque chose qui m’a manqué dans le premier tome. Dans le second tome, j’ai été comblé, car on voit moins Ozone et plus les chiens ! C’est clair que pour dessiner un chien, cela aide d’en avoir un chez soi. On peut se caler sur les réactions de son animal de compagnie. J’adore les animaux, leur côté instinctif me plait beaucoup. J’ai donné une part de ma personnalité à chaque personnage. Même si ce n’est pas moi qui les ai créés, j’ai réussi à mettre quelque chose de moi dans chacun d’entre eux.

Quel est votre personnage préféré parmi les animaux qui composent cette joyeuse petite bande?

Quelle question difficile ! J’adore Pompon, le lapin. Il paraît mignon, alors qu’il a un sale caractère. J’adore le contraste entre son aspect Kawaï et son caractère de crapule. Dans le deuxième film, ce personnage s’est un peu radouci, et j’ai trouvé cela dommage.

Quel est l’aspect de votre travail de dessinateur que vous préférez et, au contraire, celui que vous aimez le moins?

J’adore dessiner les expressions des personnages. C’est mon obsession totale, je cherche sans arrêt à les rendre expressifs, dans chaque planche. J’espère que cela se ressent dans la BD. J’essaie de rendre leurs traits le plus parlants possible, afin qu’ils puissent accrocher le lecteur. C’est tellement compliqué de faire passer une émotion à travers une BD. C’est pourquoi, dans chacune de mes BDs, même s’il y a des défauts et des choses que je fais moins bien, j’essaie quand même que ce soit juste à ce niveau-là. Par contre, ce que je déteste dessiner, ce sont les décors. Certains aiment bien, mais ce n’est pas du tout mon cas. Si je pouvais faire un album rien qu’avec des personnages, je n’hésiterais pas ! Les décors, c’est l’horreur pour moi, surtout la ville. J’ai préféré dessiner le deuxième tome, car les personnages sortent de New York et se rendent dans une ferme. Cela respire plus.

 En tant que lecteur, quel est votre dernier coup de cœur BD?

« L’âge d’or », publié chez Dupuis. J’ai trouvé cet album formidable et très agréable à regarder. J’adore Disney, j’ai même fait mon travail de fin d’étude en histoire de l’art là-dessus, et je trouve que l’auteur a réussi à donner à son histoire un côté proche du style de Walt Disney dans « La belle au bois dormant ». J’adore ce dessin-animé, qui me semble fort graphique. Les décors sont construits minutieusement, avec des formes anguleuses.

Pouvez-vous nous dire un mot sur le tome 2 qui paraîtra le 8 novembre ? Avez-vous d’autres futurs projets communs avec Lapuss?

L’ambiance du tome 2 est un chouïa plus bucolique puisque les personnages s’en vont à la ferme, où se dérouleront de nombreuses planches. De nouveaux personnages sont mis en valeur, et ce ne sera pas forcément les mêmes que dans le film. En voyant le film, j’ai eu un coup de coeur pour les petits chiots, qui ne sont pourtant que des personnages secondaires. Je les trouvais trop mignons, alors on a essayé de mettre un peu plus l’accent sur eux dans nos gags. On voulait les mettre en valeur, et cela nous a permis en même temps de mettre en scène le personnage de Papy, le vieux chien en fauteuil roulant qui les accompagne et que nous n’avions pas réussi à insérer dans la première BD. On retrouvera aussi Pompon en mode super-héros, Rooster le nouveau chien de la ferme… On suit légèrement l’intrigue du film. Nous avions très peu d’indications et n’avions même pas eu le droit de le voir pendant la rédaction de la BD, et lorsqu’on a finalement pu le découvrir, on s’est rendu compte que nous avions créé des choses vachement proches, sans même le vouloir ! Lapuss’ ne l’a pas fait exprès, mais il est arrivé à créer des scènes similaires.

Pour ce qui est de nos prochains projets, je n’ai pas réellement de projets avec Lapuss’ en préparation, mais qui sait, cela se fera peut-être un jour. Nous avons déjà discuté ensemble de certaines idées, mais rien n’est encore certain. Nous avons fait plein d’essais, mais c’est dur de faire accepter une idée à la maison d’édition.

Voici un petit selfie en souvenir de ce super moment ! 

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Ma chronique de l’album : Comme des bêtes #1

2 commentaires sur “Dans les coulisses des éditions Dupuis #3 : Interview de Goum, illustrateur de « Comme des bêtes »

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  1. Trop trop génial ton article !! Jadooooore !
    J’ai été invitée aussi au festival Spirou par Dupuis mais je suis a la Réunion et ne pouvait pas m’y rendre cette fois-ci. 🙁 J’espère pouvoir y aller une prochaine fois ☺️ en tout cas bravo pour ce bel article

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