Le chant de nos filles

Deuxième roman découvert dans le cadre de la belle aventure des Lectrices Charleston 2020, je suis entrée dans « Le chant de nos filles » avec une certaine appréhension, puisque je savais que ce roman n’avait pas fait l’unanimité auprès de mes « collègues » lectrices qui s’étaient déjà lancées dans sa lecture. Il est vrai que ce roman historique sudiste, plus sombre que ce à quoi la maison d’édition nous a habitués, a de quoi surprendre, mais c’est également un texte très original, au souffle romanesque puissant et au ton singulier, qui mérite selon moi d’être découvert. Ce curieux roman sort aujourd’hui, et s’il vous intrigue, je vous invite à lire ma chronique pour en apprendre un peu plus !

Merci aux éditions Charleston pour cette lecture.

L’histoire

1924, Caroline du Sud. Trois femmes à la croisée des chemins.

Alors que la région se remet encore de l’infestation de charançons qui a dévasté les plantations et l’économie, Gertrude, une mère de quatre enfants, doit prendre une décision immorale pour sauver ses filles de la famine et échapper à la mort aux mains d’un mari violent. Retta navigue dans un monde difficile en tant qu’esclave affranchie de première génération, toujours employée par les Coles qui ont autrefois été propriétaires de sa famille. Annie, la matriarche de la famille Coles, doit faire face à la terrible vérité qui a déchiré sa famille. Ces trois femmes n’ont apparemment rien en commun ; elles sont pourtant liées par les terribles injustices qui sévissent depuis longtemps dans leur petite ville et auxquelles elles décident de faire face.

Mon avis

« Le chant de nos filles » est un roman extrêmement sombre à mes yeux, en tout cas beaucoup plus que les habituelles parutions Charleston. Cette histoire nous replonge dans l’Amérique profonde des années 20, plus précisément  en plein coeur des marais de Caroline de Sud. Je connaissais très peu la mentalité du Sud des Etats-Unis à cette époque, encore très rétrograde et traditionaliste, et j’ai donc beaucoup aimé l’aspect historique de ce roman, qui a eu le mérite de m’ouvrir les yeux sur un monde dont j’ignorais tout. « Le chant de nos filles » est un ouvrage engagé, qui met en lumière les conditions de vie difficiles des femmes dans ce quotidien bien loin du rêve américain. Nous suivons 3 femmes, qui, malgré les différences d’âge, de couleur de peau et de classe sociale, partagent le même désespoir. Toutes sont d’une façon ou d’une autre victimes de la cruauté des hommes, jusqu’au jour où elles décident de se révolter ensemble…

J’ai beaucoup aimé les 3 héroïnes, Gertrude, Retta et Annie, qui m’ont semblé fortes et courageuses, bien qu’elles ne soient pas des personnages attachants à proprement parler. En effet, nous avons plutôt affaire à des anti-héroïnes à la personnalité contrastée, qui ont de sacrées failles et des défauts parfois choquants malgré leurs grandes qualités. J’ai particulièrement été marquée par le personnage de Gertrude, très antipathique a priori, qui a finalement su me toucher. Tout au long du roman, celle-ci lutte pour survivre et se sortir de la misère, quitte à faire des choix moraux discutables. Les bons sentiments sont totalement absents du « Chant de nos filles », ce qui en a fait une lecture parfois difficile pour moi. En effet, ce roman nous confronte à la réalité brute, non polie, avec parfois une certaine cruauté. La violence est présente sous de nombreux formes dans ce roman à l’atmosphère sombre et poisseuse, qui n’est assurément pas la lecture parfaite si vous vous sentez un peu déprimés. L’auteure Deb Spera nous fait toucher la misère du doigt, nous poussant ainsi à abandonner toutes nos illusions pour partager le temps d’une claque littéraire le difficile quotidien de ces femmes, pour qui nécessité fait loi. Même Annie, la femme riche de la ville, n’est pas épargnée par l’horreur, et j’ai ressenti beaucoup d’empathie pour elle lorsqu’elle met au jour un sombre secret concernant sa famille.

« Le chant de nos filles » est donc un roman coup de poing, souvent brutal, qui n’est cependant pas dénué d’espoir, notamment dans son dénouement. Davantage que les autres romans historiques Charleston, cette lecture peut déstabiliser, mais je dois dire que j’ai apprécié ce roman d’une grande qualité littéraire qui,  comme toutes les autres parutions de la maison d’édition, rend un bel hommage à la force des femmes et à la solidarité qui peut exister entre elles. Ce roman a aussi pour lui une écriture singulière, qui ne plaira pas à tous mais qui, pour m’a part, m’a happée. Les passages narrés par Gertrude et Retta, des femmes dont l’on suppose qu’elles sont moins instruites, sont rédigés en « langage parlé », c’est-à-dire en incluant des mots d’argot et des tournures typiques de l’oral. J’ai beaucoup aimé cette originalité, et je désire d’ailleurs saluer le travail des traductrices, pour qui ce roman a dû représenter un sacré défi ! Ce style atypique est selon moi un fameux atout, puisqu’il permet à chacune des héroïnes d’avoir une voix qui lui est propre et à nous lecteurs, de nous sentir encore plus proches d’elles. Néanmoins, je dois avouer que, malgré la beauté de ce texte au souffle romanesque puissant, j’ai parfois eu du mal à être à fond dans ma lecture en raison de trop nombreuses longueurs. « Le Chant de nos filles » est en effet loin d’être un page-turner : c’est au contraire un roman d’atmosphère, extrêmement contemplatif, où il ne se passe pas toujours grand chose. Malgré ce petit bémol, je garderai un agréable souvenir de ce roman unique, aussi orignal qu’enrichissant. À découvrir.

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